Le constructeur européen Airbus a annoncé vendredi une opération de rappel d'envergure concernant 6 000 appareils de la famille A320, soit plus de la moitié de la flotte mondiale, exigeant des réparations immédiates. Cette mesure risque de provoquer de fortes perturbations lors du week-end de voyage le plus chargé de l'année aux États-Unis, ainsi que des désagréments à l'échelle internationale.
Il s'agit là de l'un des plus importants rappels de l'histoire d'Airbus, qui fête ses 55 ans, et cette annonce intervient quelques semaines seulement après que l'A320 a dépassé le Boeing 737 en tant que modèle d'avion le plus livré. Selon la note envoyée aux plus de 350 opérateurs de la famille A320, au moment de l'émission du bulletin, environ 3 000 appareils de ce type étaient en vol.
La réparation consiste principalement à revenir à une version antérieure du logiciel de bord. L'opération est relativement simple mais doit impérativement être réalisée avant tout nouveau vol commercial, à l'exception des trajets vers les centres de maintenance, selon le bulletin consulté par Reuters.
Des compagnies aériennes d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud, d'Europe, d'Inde et de Nouvelle-Zélande ont prévenu que ces réparations pourraient entraîner des retards ou des annulations de vols.
Premier opérateur mondial d'A320, American Airlines a indiqué que 340 de ses 480 appareils de la gamme nécessitaient cette intervention. La compagnie prévoit d'achever la majorité de ces réparations d'ici samedi, chaque avion nécessitant environ deux heures de travail.
D'autres compagnies, notamment Lufthansa (Allemagne), IndiGo (Inde) et easyJet (Royaume-Uni), ont également annoncé qu'elles retireraient brièvement certains avions du service pour effectuer les réparations.
La compagnie colombienne Avianca a précisé que plus de 70% de sa flotte était concernée par ce rappel, ce qui l'a conduite à suspendre la vente de billets pour des voyages jusqu'au 8 décembre.
On recense environ 11 300 avions de la famille A320 en service dans le monde, dont 6 440 du modèle A320 d'origine, entré en service en 1987. Quatre des dix plus grands opérateurs mondiaux de la gamme sont américains : American Airlines, Delta Air Lines, JetBlue et United Airlines. Les compagnies chinoises, européennes et indiennes figurent également parmi les principaux clients.
Selon des sources industrielles, environ deux tiers des avions concernés seront brièvement immobilisés, le temps de réinstaller l'ancienne version du logiciel.
Cependant, cette opération survient alors que les ateliers de maintenance sont déjà saturés, de nombreux Airbus étant immobilisés en raison de délais d'attente importants pour d'autres réparations ou inspections moteur. Le secteur fait également face à une pénurie de main-d'oeuvre.
« Le moment est loin d'être idéal pour qu'un tel problème survienne sur l'un des avions les plus répandus, en pleine période de fêtes aux États-Unis », commente Mike Stengel, du cabinet AeroDynamic Advisory.
Mais, du fait de la rapidité de la réparation, de nombreux appareils pourront être traités entre deux vols programmés ou lors des vérifications nocturnes, ajoute-t-il.
La compagnie britannique easyJet a indiqué avoir déjà réalisé les mises à jour nécessaires.
Un haut responsable du secteur aérien a toutefois souligné que la planification des réparations, dans un contexte de forte demande et de retards déjà accumulés dans la maintenance, constituerait un défi majeur.
L'analyste aéronautique Rob Morris s'est interrogé sur la capacité immédiate des hangars à absorber ce surcroît de travail.
Un incident sur JetBlue à l'origine de l'enquête
Airbus a expliqué qu'un incident récent avait révélé que les éruptions solaires pouvaient corrompre des données critiques pour le fonctionnement des commandes de vol.
Selon des sources industrielles, l'événement déclencheur de cette action de rappel serait survenu lors d'un vol JetBlue reliant Cancún (Mexique) à Newark (New Jersey) le 30 octobre, au cours duquel plusieurs passagers ont été blessés après une forte perte d'altitude.
L'A320 en question a dû atterrir en urgence à Tampa (Floride) à la suite d'un problème de commandes de vol et d'une chute brutale et non commandée de l'appareil, entraînant l'ouverture d'une enquête par la Federal Aviation Administration (FAA). JetBlue et la FAA n'ont pas commenté le rappel.
L'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a publié vendredi soir une directive d'urgence rendant la réparation obligatoire.
« Une réparation de deux heures »
Un porte-parole d'Airbus a confirmé que la mesure concernerait au total 6 000 appareils, validant ainsi une information antérieure de Reuters.
Pour certaines compagnies, l'immobilisation pourrait toutefois durer bien plus longtemps, plus de 1 000 appareils devant également faire l'objet d'un changement matériel, selon des sources industrielles.
Ce rappel soudain a eu des répercussions dans le monde entier.
Un vol Finnair a été retardé d'environ une heure, le temps que les pilotes vérifient la version logicielle installée, selon un passager. Air New Zealand a averti de possibles annulations en série.
Air France a annoncé l'annulation de 35 vols, soit 5% de son programme quotidien. La compagnie mexicaine Volaris prévoit des retards ou annulations pouvant durer jusqu'à 72 heures.
Lancé en 1984, l'A320 fut le premier avion de ligne à grande diffusion doté de commandes de vol informatisées « fly-by-wire ».
Il concurrence le Boeing 737 MAX, qui a connu une longue immobilisation mondiale après des accidents mortels en 2018 et 2019, imputés à un logiciel de commande de vol défectueux.
La demande pour ces deux modèles majeurs n'a cessé de croître ces dernières années, portée par l'essor économique asiatique qui a amené des dizaines de millions de nouveaux voyageurs à prendre l'avion.
Initialement conçus pour desservir les grands hubs, ces monocouloirs ont ensuite été largement adoptés par les compagnies à bas coût, et les liaisons qu'ils assurent représentent désormais une part significative de l'économie mondiale.
Le bulletin d'Airbus consulté par Reuters attribue le problème à un système appelé ELAC (Elevator and Aileron Computer), qui transmet les commandes du manche du pilote aux gouvernes de profondeur à l'arrière de l'appareil, contrôlant ainsi l'assiette de l'avion.
Le fabricant du calculateur, le groupe français Thales, a précisé à Reuters que l'appareil était conforme aux spécifications d'Airbus et que la fonctionnalité concernée relevait d'un logiciel qui n'est pas sous la responsabilité de Thales.



















