Airbus a réduit son principal objectif de production d'avions dans un contexte de conflit avec Pratt & Whitney concernant des pénuries d'approvisionnement en moteurs, menaçant d'appliquer ses droits contractuels alors que la lutte pour les pièces a entraîné une chute de 6% de son action.
Cette critique publique inhabituelle de la part du premier constructeur mondial d'avions fait suite à plusieurs mois de tensions autour de la répartition des moteurs et pièces de rechange entre les lignes d'assemblage des avions et les ateliers de réparation, où les motoristes réalisent l'essentiel de leurs profits.
Des responsables d'Airbus ont indiqué avoir été contraints de revoir à la baisse leurs plans de production et d'ajuster leurs prévisions financières pour 2026, après que Pratt & Whitney a réévalué ses propositions initiales concernant les volumes de moteurs et a ensuite « échoué » à conclure un accord formel d'approvisionnement.
« Nous sommes très insatisfaits et nous ne sommes pas d'accord avec cela », a déclaré le PDG Guillaume Faury aux analystes, ajoutant qu'Airbus allait « faire valoir ses droits contractuels », même si cela prendrait du temps.
La maison mère de Pratt & Whitney, RTX, a refusé de commenter. Le motoriste a indiqué qu'il était en dialogue permanent avec Airbus.
Les propos tranchants de Faury illustrent l'un des conflits potentiels les plus vifs de l'aviation commerciale depuis le bras de fer entre Airbus et Qatar Airways devant la justice britannique au sujet de dommages sur des A350 en 2022.
Interrogé sur une éventuelle action en justice contre Pratt, Faury a répondu qu'un « processus » avait été engagé, sans plus de précisions.
Airbus vise désormais une cadence de production pour la série A320neo, son modèle le plus vendu, comprise entre 70 et 75 avions par mois d'ici la fin de l'année prochaine, stabilisant à 75 par mois au-delà de 2027. Le groupe prévoyait auparavant 75 par mois en 2027, contre 60 actuellement.
Malgré des profits records attendus pour 2025, ce revers industriel a entraîné ce que les analystes jugent comme des objectifs décevants pour 2026. Airbus prévoit 870 livraisons d'avions, contre 793 l'an dernier, et un résultat opérationnel ajusté d'environ 7,5 milliards d'euros.
Airbus a annoncé un résultat opérationnel ajusté de 2,98 milliards d'euros (3,51 milliards de dollars) au quatrième trimestre, en hausse de 17%, pour un chiffre d'affaires en progression de 5% à 25,98 milliards d'euros. Les analystes tablaient en moyenne sur un profit de 2,87 milliards d'euros pour des revenus de 26,51 milliards d'euros.
PRESSION SUR LA PLANIFICATION DES OBJECTIFS DE PRODUCTION
Cette décision confirme les tensions en coulisses sur la planification industrielle, après que Reuters a rapporté ce mois-ci que le différend avec Pratt mettait en péril le principal objectif de production d'Airbus.
Faury a reconnu que Pratt était confronté à plusieurs défis, devant gérer un arriéré d'inspections lié à un problème de production, en plus de difficultés d'approvisionnement plus larges dans l'industrie.
Mais il a précisé aux analystes que la responsabilité incombait au motoriste américain d'accroître sa production pour répondre à la fois à la demande des usines d'avions et à celle, croissante, des centres de maintenance aérienne.
Le PDG de RTX, Chris Calio, a indiqué aux analystes fin janvier que Pratt & Whitney devait trouver le bon équilibre face à la demande des compagnies aériennes, tout en soulignant que les livraisons globales avaient progressé de 50% l'an dernier.
Pratt & Whitney fournit les moteurs de 40% des avions de la série A320neo d'Airbus.
Après avoir déjà connu des tensions avec l'autre fournisseur de moteurs, CFM, sur des retards similaires il y a un peu plus d'un an, Airbus avait publiquement exprimé ses inquiétudes concernant les livraisons de Pratt & Whitney en janvier.
La semaine dernière, CFM a indiqué ne pas vouloir intervenir dans ce conflit en augmentant ses propres livraisons à Airbus, précisant que sa priorité restait de respecter ses engagements actuels.
Les moteurs ne sont pas le seul problème industriel pour Airbus. En décembre, le groupe a réduit ses prévisions de livraisons après la découverte de défauts sur des panneaux fournis par un sous-traitant espagnol. Faury a indiqué que ces difficultés avaient pesé sur les livraisons d'avions durant les deux premiers mois de l'année.
Airbus a annoncé relever son objectif de production pour le plus petit A220 à 13 avions par mois en 2028, contre 12 par mois en 2026.
(1$ = 0,8484 euro)



















