L’origine de Constellium remonte à l’ancienne activité aluminium de Rio Tinto. Lors de son introduction en bourse en 2013, la société était cotée à la fois au NYSE et sur Euronext Paris. La cotation américaine était donc présente dès l’IPO. Le groupe a conservé son siège social à Paris, mais a ensuite demandé son retrait d’Euronext Paris en 2018, en raison des faibles volumes d’échanges et des coûts liés à une double cotation.

Constellium se situe en aval de la chaîne de valeur de l’aluminium. Le groupe transforme, recycle et fabrique des produits spécialisés destinés à différentes industries. Son modèle est donc beaucoup moins vertical que celui d’Alcoa, qui affiche de meilleures marges opérationnelles.

Le groupe vend principalement des produits davantage volumiques que premium, comme des canettes ou des produits laminés utilisés dans les carrosseries automobiles. Ce segment représente 71% des expéditions, mais seulement 55% des 262 millions de dollars d’EBITDA généré ce trimestre. A l’inverse, le segment Aérospatial et Transport donne une autre dimension au dossier. Il est essentiel à la rentabilité du groupe puisqu’il représente 37% de l’EBITDA pour seulement un sixième des expéditions, grâce à un EBITDA par tonne presque trois fois supérieur.

Constellium fournit notamment Airbus, avec qui le groupe collabore étroitement, mais aussi Boeing et Embraer. Ces partenariats de co-développement, noués de longue date, lui offrent une certaine protection face à la concurrence. A court terme, les vents commerciaux sont favorables, le groupe évoque une désaturation progressive des stocks dans l’aéronautique. A plus long terme, Constellium est également indirectement exposé à la hausse des dépenses d’équipement de défense et pourrait bénéficier d’une demande soutenue pour ses solutions militaires. Sur le trimestre, les expéditions du segment Aérospatial et Transport progressent de 18%, tandis que l’EBITDA augmente de 24%.

Si les valeurs boursières situées en aval de la production d’aluminium ont nettement progressé depuis le conflit en Iran, le groupe n’est pourtant pas censé en être le premier bénéficiaire au regard de son modèle. Il ne faut donc pas acheter Constellium comme un pur bénéficiaire des tensions sur l’aluminium, même si, in fine, il en est un.

Constellium bénéficie également de deux autres facteurs conjoncturels : les droits de douane sur l’aluminium importé aux États-Unis et l’incendie dévastateur du site de son principal concurrent, Novelis (Hindalco Industries), survenu en septembre. Ford, client de Novelis, avait même abaissé ses prévisions annuelles à la suite de cet événement. La production devrait reprendre d’ici la fin du second trimestre selon le groupe indien. Concernant les droits de douane, les taux sont très élevés et peuvent atteindre 50% pour certains produits. Sur son premier marché, qui représente 40% des ventes, Constellium dispose donc actuellement d’un important pouvoir de négociation.

On le voit en un coup d'œil sur les résultats du trimestre. Les produits d’emballage profitent particulièrement du ‘scrap spread', tandis que les produits laminés destinés à l’automobile bénéficient d’une offre réduite en Amérique du Nord, malgré un environnement européen plus fragile. Au premier trimestre, l’EBITDA du segment qui regroupe le packaging et les produits laminés pour l’automobile est ainsi passé de 60 à 151 millions de dollars.

Voilà la dynamique commerciale dans laquelle évolue actuellement Constellium. L’EBITDA ajusté 2026 est désormais attendu entre 900 et 940 millions de dollars, tandis que le free cash-flow est anticipé à 275 millions de dollars. C’est presque exactement les chiffres que le groupe anticipe pour 2028, signe que l’entreprise avance vent dans le dos actuellement.