Washington (awp/afp) - La banque centrale des Etats-Unis, la Fed, devrait recommencer dès la semaine prochaine à faire ce que le président Trump déteste: laisser ses taux d'intérêt inchangés et défendre jalousement son indépendance vis-à-vis du locataire de la Maison Blanche.
La traditionnelle réunion de la Réserve fédérale va se tenir mardi et mercredi prochains dans un paysage bouleversé par rapport à la fois précédente.
Non pas que la situation économique a fondamentalement évolué. Mais parce que le patron de l'institution monétaire Jerome Powell a fini par s'opposer frontalement à Donald Trump.
Depuis son retour au pouvoir il y a un an, le chef de l'Etat réclame une forte baisse des taux de la Fed, qui guident les coûts d'emprunt.
Il a tenté d'accélérer le départ de M. Powell (dont le mandat de président prend fin en mai) à coups d'insultes, de remises en cause de ses compétences et de son honnêteté.
Il a aussi cherché à révoquer une gouverneure, Lisa Cook, d'un simple message sur sa plateforme Truth Social. La Cour suprême, qui vient d'examiner l'affaire, est parue réticente à l'idée de laisser le milliardaire républicain décider seul ce qui justifierait le renvoi d'un banquier central.
Mais la goutte d'eau est venue d'une procédure lancée par le ministère de la Justice et dévoilée par Jerome Powell lui-même dans un message vidéo solennel, le 11 janvier.
Il a dénoncé sans détour une tentative d'intimider la Fed parce qu'elle ne suit pas "les préconisations du président".
M. Powell "a eu raison de rendre publique cette procédure pour que les acteurs financiers mais aussi le grand public sachent ce qui se passe", estime auprès de l'AFP Loretta Mester, qui a présidé la Fed régionale de Cleveland (nord des Etats-Unis) jusqu'en 2024 et enseigne la finance à l'université de Pennsylvanie (est).
La spécialiste considère que la Réserve fédérale a jusqu'ici "bien réussi à faire abstraction des attaques au vitriol" de Donald Trump pour se concentrer sur la politique monétaire.
- "Faire une pause" -
La pression exercée par le chef de l'Etat risque toutefois de s'accentuer à l'approche des élections de mi-mandat à l'automne, pronostique dans une note Mark Zandi, économiste en chef chez Moody's Analytics.
Les responsables politiques affectionnent généralement les taux bas qui donnent un coup de fouet à l'économie et redorent leur bilan, quitte à fermer les yeux sur le risque inflationniste à plus long terme.
Pour M. Zandi, l'indépendance de la Fed "s'érodera graduellement au fur et à mesure que le président nommera de nouveaux membres" de la Fed, à commencer par le remplaçant de Jerome Powell.
Est-ce que ce sera Kevin Hassett, le conseiller économique de la Maison Blanche, Rick Rieder, un des dirigeants du géant de la finance BlackRock, ou un autre? Donald Trump ménage le suspense.
L'issue de la prochaine réunion de la banque centrale, elle, fait peu de doute.
Après une petite série de baisses motivées par des créations d'emplois anémiques, les marchés financiers s'attendent à un statu quo sur les taux, désormais entre 3,50% et 3,75%.
En tout, la Fed a abaissé ses taux de trois quarts de point fin 2025.
Pas assez, donc, pour Donald Trump. Mais déjà trop pour certains responsables monétaires américains, pressés de ramener l'inflation plus près de leur cible de 2% - elle est actuellement à 2,8%.
"Il est beaucoup trop tôt" pour diminuer davantage les taux directeurs, a récemment déclaré au New York Times le président de la Fed de Minneapolis (nord), Neel Kashkari, l'un des quatre responsables régionaux qui votent cette année sur la politique monétaire.
"L'économie semble plutôt bien tenir. Donc c'est le bon moment pour faire une pause, voir comment les choses évoluent", reprend Loretta Mester. Elle rappelle que "cela fait maintenant plus de cinq ans que l'inflation est bien au-dessus de 2%".
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