Résultat : une marge opérationnelle (EBIT) qui ferait pâlir la plupart des industriels de la tech. Avec près de 48% de marge, l'entreprise surclasse largement des concurrents comme Celestica, qui peine à atteindre les 8%.
Cette intégration verticale, associée à un positionnement premium, lui permet d’absorber la demande galopante des centres de données tout en générant une trésorerie pléthorique. Son dernier trimestre en témoigne : chiffre d’affaires en hausse de 28%, 1,3 milliard de cash-flow opérationnel, et une trésorerie qui tutoie les 10 milliards de dollars.
L'IA, accélérateur et amplificateur
La transformation d’Arista repose désormais sur un moteur bien plus puissant que le cloud traditionnel : l'intelligence artificielle. L’entreprise est devenue l’un des principaux bénéficiaires indirects de l’explosion des dépenses d’investissement chez Microsoft, Meta et leurs pairs.
Meta, par exemple, prévoit d’investir jusqu’à 72 milliards de dollars cette année, un bond spectaculaire de plus de 30 milliards par rapport à 2024. Microsoft suit une trajectoire similaire. Une portion non négligeable de ces milliards se dirige vers les réseaux capables de supporter les clusters IA de nouvelle génération (et donc vers Arista Networks).
La direction a d'ailleurs confirmé travailler sur des architectures réseau destinées à au moins quatre méga-projets IA, chacun dépassant les 100 000 GPU. De tels déploiements exigent des fabrics Ethernet péta-bit d’une fiabilité chirurgicale, un domaine où Arista fait figure d'orfèvre.
Et autour de ces mastodontes, une myriade de nouveaux acteurs (neoclouds, souverains, plateformes d'IA-as-a-service) affluent vers Arista pour bâtir leurs propres infrastructures. Au total, 30 à 40 clients constituent aujourd’hui un vivier supplémentaire pour les réseaux IA de la société.
Conséquence logique : les revenus d’Arista liés à l’IA devraient passer de 1,5 milliard en 2025 à 2,75 milliards en 2026, soit près d’un quart de son chiffre d'affaires.
L'autre jambe : le campus, nouvel eldorado
Si l'IA accapare l’attention, Arista avance simultanément ses pions sur un autre front : les réseaux d’entreprise et de campus. Portée par l’arrivée de Todd Nightingale, ex-patron de Cisco Meraki, la société entend capter une part bien plus grande d’un marché estimé à 30 milliards de dollars, où elle ne détient encore que 5%. L'intégration de VeloCloud lui permet désormais de proposer une solution SD-WAN complète et attractive pour les entreprises en pleine modernisation de leurs infrastructures. Les premiers signaux sont prometteurs : Arista commence à remporter des contrats campus-first, un scénario rare il y a encore deux ans.
Une guidance volontairement prudente (et souvent dépassée)
Officiellement, la société prévoit une croissance de 20% en 2026. Officieusement, peu d’investisseurs y croient. Historiquement, l’entreprise a régulièrement écrasé ses propres prévisions, avec des dépassements allant jusqu’à 19 points de pourcentage. Le chiffre d’affaires différé, en hausse de 87% sur neuf mois, atteint 4,7 milliards de dollars. Une forme de pipeline embarqué qui laisse supposer que le guidage actuel pourrait être un simple point de départ.
Un avantage compétitif enraciné dans la technologie
Arista se distingue dans trois architectures essentielles à l’IA :
- le scale-out, sa chasse gardée historique ;
- le scale-across, qui relie plusieurs centres en une seule structure logique ;
- le scale-up, futur terrain de jeu où Ethernet s'apprête à remplacer des technologies jusque-là propriétaires.
L'entreprise participe activement à la définition des nouveaux standards — notamment ESUN, appelé à devenir la colonne vertébrale du scale-up Ethernet. Son écosystème technologique, incluant EOS, NetDI et le futur assistant autonome AVA, vise à garantir des réseaux toujours plus rapides, analytiques et automatisés.
Le verdict
Dans un marché où les GPU attirent toutes les attentions, Arista Networks est aussi un acteur indispensable : sans ses commutateurs, ses fabrics et son logiciel, aucune IA ne pourrait fonctionner à grande échelle. Néanmoins, le marché valorise déjà cette position stratégique et la qualité de ses fondamentaux (48x les bénéfices estimés de cette année, 17x sa VE/CA, 2,8% de FCF Yield).
Avec une croissance et une marge hors norme, un pipeline boursouflé et une demande IA qui semble ne montrer aucun plafond, Arista apparaît aujourd’hui non seulement comme un sous-traitant du boom IA mais comme l’un de ses piliers structurels.



















