Le géant de la pharmacie et de l'agrochimie Bayer s'apprête à vivre des semaines décisives dans le cadre du contentieux de plusieurs milliards de dollars lié au glyphosate aux États-Unis. En amont d'une décision très attendue de la Cour suprême, le président du directoire, Bill Anderson, a mis en garde mardi contre les conséquences d'un revers judiciaire. Si les juges devaient décider que les homologations nationales ne protègent pas contre les plaintes déposées dans chaque État américain, une 'anarchie réglementaire' menacerait, a déclaré M. Anderson lors de la présentation des résultats trimestriels. 'S'il n'y a pas de primauté du droit fédéral, quel est alors l'intérêt d'une homologation d'État ?'

Un arrêt de la Cour suprême des États-Unis en faveur du groupe de Leverkusen pourrait constituer une véritable libération pour Bayer, après des années de vagues de litiges concernant les prétendus effets cancérigènes de l'herbicide. Le groupe fait valoir que l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a classé à plusieurs reprises le glyphosate comme non cancérigène et a approuvé les étiquettes des produits sans avertissement correspondant. Malgré cela, Bayer a été régulièrement condamné par des jurys populaires dans certains États américains à verser des milliards de dollars de dommages et intérêts. Selon le groupe, les directives des autorités fédérales doivent donc prévaloir sur le droit des États.

Si la Cour suit cette argumentation, de nombreuses plaintes perdraient leur fondement. Dans le cas contraire, Bill Anderson craint un 'patchwork' de règles contradictoires imposées par les différents États et les tribunaux de grande instance. 'Pourquoi lancer sur le marché de nouveaux produits qui coûtent des milliards et nécessitent des décennies de recherche si l'on s'expose, malgré un processus d'homologation rigoureux, au risque de frais de justice se comptant en milliards ?'

Un verdict de la Cour suprême est attendu d'ici la fin du mois de juin. Même en cas de défaite, M. Anderson s'est montré confiant quant à sa capacité à 'endiguer de manière significative' les litiges juridiques cette année. Pour un 'scénario catastrophe', le groupe se réserve d'autres options, y compris des 'options structurelles' touchant à l'organisation même du groupe. Pour l'heure, aucun projet de ce type n'est toutefois à l'ordre du jour, a précisé M. Anderson, évoquant l'accord transactionnel collectif en cours et l'espoir d'une décision de justice favorable.

Parallèlement, Bayer tente d'obtenir une clarification réglementaire aux États-Unis par la voie politique. Si une loi en ce sens a été adoptée dans l'État du Kentucky, Bayer a subi un revers lors des discussions sur le projet de loi agricole américain 'Farm Bill' au niveau fédéral. En revanche, des progrès sont à noter concernant l'accord transactionnel collectif de 7,25 milliards de dollars conclu avec des cabinets d'avocats de plaignants, approuvé provisoirement début mars. Le délai pour un éventuel retrait des plaignants court jusqu'au 4 juin, et l'audience pour l'approbation finale devrait suivre en juillet.

L'AGROCHIMIE OFFRE UN SOUTIEN INATTENDU

Le poids des passifs juridiques sur les finances du groupe s'est manifesté dans le flux de trésorerie disponible (Free Cash Flow) : celui-ci s'est établi à moins 2,3 milliards d'euros au premier trimestre, principalement en raison de décaissements d'environ deux milliards d'euros liés à des accords déjà conclus concernant le PCB et le glyphosate. Sur le plan opérationnel, l'activité s'est toutefois révélée étonnamment solide, bien que soutenue par des effets exceptionnels dans l'agrochimie. En Bourse, Bayer a signé la plus forte hausse du Dax avec un gain de 6 %.

Le résultat opérationnel ajusté (Ebitda) a progressé de 9 % au premier trimestre pour atteindre 4,45 milliards d'euros. Les analystes tablaient en moyenne sur seulement 3,93 milliards d'euros. Si le chiffre d'affaires a reculé de plus de 2 % à 13,41 milliards d'euros, la croissance de Bayer s'est établie à plus de 4 % hors effets de change. La division agrochimique a surtout profité du règlement d'un litige de licence avec son concurrent américain Corteva, qui a contribué au chiffre d'affaires à hauteur de près d'un demi-milliard d'euros. De plus, les prix de l'herbicide Dicamba se sont redressés aux États-Unis. Le résultat de la division a ainsi bondi de près de 18 %.

Dans la pharmacie, Bayer a en revanche subi l'impact de l'expiration de brevets sur des blockbusters tels que l'anticoagulant Xarelto et le traitement ophtalmique Eylea. Les médicaments plus récents, Nubeqa et Kerendia, ont toutefois enregistré de fortes hausses. Malgré cela, le résultat opérationnel de la division pharmacie a baissé de 7,5 %, également en raison de frais de commercialisation plus élevés. Le groupe a confirmé ses prévisions annuelles hors effets de change. En raison de l'évolution des parités monétaires, Bayer a légèrement relevé ses fourchettes cibles sur une base non ajustée. Pour 2026, la direction table désormais sur un chiffre d'affaires de 44,5 à 46,5 milliards d'euros (contre 44 à 46 précédemment) et un résultat avant éléments exceptionnels de 9,4 à 9,9 milliards d'euros (contre 9,1 à 9,6 précédemment).

(Rapport de Patricia Weiss, édité par Olaf Brenner. Pour toute question, veuillez contacter notre rédaction à berlin.newsroom@thomsonreuters.com (pour la politique et la conjoncture) ou frankfurt.newsroom@thomsonreuters.com (pour les entreprises et les marchés).)