Les responsables de la Banque centrale européenne se montrent prudents quant à l'opportunité de relever les taux d'intérêt dès ce mois-ci, faute de preuves tangibles d'un ancrage ou d'une généralisation du choc inflationniste importé par l'unérgie, ont confié quatre sources à Reuters.

De tels effets de second tour restent possibles et un resserrement monétaire demeure fermement envisagé, mais des données concrètes sont nécessaires avant de passer à l'acte, ont précisé ces sources proches des débats de politique monétaire.

L'inflation a bondi à 2,5% en mars, contre 1,9% le mois précédent, le conflit au Moyen-Orient ayant propulsé les prix de l'énergie à la hausse. Les décideurs débattent désormais de la nécessité d'un tour de vis pour éviter un dérapage des anticipations d'inflation à long terme.

"Les anticipations d'inflation à long terme n'ont pas progressé, l'inflation domestique ralentit et la flambée des prix du carburant pèse sur le revenu disponible, ce qui limite de fait la capacité des entreprises à augmenter leurs prix", a déclaré l'une des sources sous couvert d'anonymat.

"Je ne peux pas préjuger de notre décision du 30 avril, mais je peux vous dire qu'à ce jour, je ne dispose pas d'éléments justifiant une hausse", a ajouté cette source.

Un porte-parole de la BCE s'est refusé à tout commentaire.

Les sources ont ajouté que la relative fragilité du marché du travail limitait la marge de manœuvre des salariés pour réclamer des revalorisations salariales.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré mardi que l'évolution économique se situait entre le scénario de référence de la banque et ses scénarios défavorables, des propos interprétés par les investisseurs comme le signe qu'une hausse des taux n'est pas imminente.

Les marchés n'intègrent désormais qu'une probabilité d'un sur cinq pour un relèvement en avril, mais une intervention d'ici juin est totalement intégrée dans les cours, suivie d'une autre hausse à l'automne.

Certains membres du Conseil des gouverneurs estiment toutefois qu'attendre trop longtemps pourrait avoir un coût.

"Tôt ou tard, un problème de crédibilité va se poser", a souligné une deuxième source. "Si les chiffres de l'inflation restent élevés et que le monde voit la BCE rester les bras croisés, notre engagement pourrait être remis en cause. Cette crainte sur la crédibilité pourrait devenir suffisamment forte pour imposer une action."

Les sources ont également prévenu que même en cas de résolution rapide du conflit iranien, la normalisation des marchés de l'énergie prendrait plusieurs mois, augmentant le risque que les entreprises ajustent leurs tarifs par anticipation de coûts énergétiques durablement élevés.

"L'effet mémoire" d'une inflation forte subie il y a seulement quatre ans pourrait également inciter les entreprises à réagir plus promptement, accentuant le risque d'une spirale inflationniste, ont ajouté certaines sources.