Les gens intelligents qui pilotent la stratégie des grandes banques d'investissement s'accordent à dire que trois facteurs sont susceptibles de briser la hausse des actions américaines : la politique, le marché obligataire et une invasion extraterrestre. A ce stade, deux des trois facteurs sont entrés dans la zone rouge et le dernier reste à prouver, en dépit de la mise en ligne récente par les Etats-Unis de leurs archives classifiées sur les OVNI.

Bank of America a donné un nom à la dynamique qui s'est installée depuis plus de trois ans maintenant : la boom loop ("boucle de boom"). Elle repose sur l'accroissement rapide du patrimoine boursier des ménages américains : 10 000 milliards de dollars de gains en 2025, 9 000 MdsUSD en 2024 et 8 000 MdsUSD en 2023. Auxquels s'ajoutent 4 000 MdsUSD depuis le début de l'année 2026. En gros, les gains appellent les gains et les réinvestissements, qui font grimper les actifs à risque. Pour couronner le tout, l'IA fournit un exutoire évident à tout cet argent. Cette boom loop est donc menacée principalement par la politique et par le marché obligataire. Jusqu'à présent, le volet politique est particulièrement rocambolesque, mais pas vraiment pénalisant pour les actions, hors les épisodes de volatilité exacerbée. C'est la variable nerveuse, qui part dans tous les sens, mais qui, au final, n'a pas pesé durablement sur les indices (même si les drawdown, les écarts entre les points hauts et les points bas, ont parfois été spectaculaires).

Le marché obligataire, c'est une autre paire de manches. D'abord, il faut préciser que le marché obligataire lui-même n'entraîne pas nécessairement une baisse des actions. C'est ce qu'il reflète, ou ce qu'il sous-tend, qui les fait reculer. Ensuite, c'est une masse plus difficile à bouger que le marché action. Quand il commence à se mouvoir, c’est-à-dire à montrer des signaux de tension, il le fait généralement lentement. Et les mécaniques qui sont lancées par cette mise en mouvement ont des conséquences qui peuvent être profondes, parfois structurelles. Ces retombées vont en tout cas bien au-delà d'une simple baisse du bénéfice par action ou d'un dividende un peu moins généreux que prévu. En d'autres termes, on touche assez vite à de la grosse macroéconomie, donc à des déséquilibres compliqués à corriger.

Le marché obligataire américain a commencé à bouger, et pas dans la bonne direction. Le réchauffement récent des prix à la consommation et à la production a allumé des signaux d'alerte. Le coût de la dette américaine a pris l'ascenseur. A force de grimper, le rendement de l'échéance à 30 ans vient de toucher 5,20%. Il faut remonter le temps jusqu'à 2007 pour le retrouver aussi haut. 2007, c'est une année un peu funeste en finance, puisqu'elle préfigure l'énorme crise financière de 2008. Même si les (contre)performances passées ne préjugent pas des performances futures, ça crispe les investisseurs. Le marché commence à intégrer de nouvelles choses : l'alourdissement de la dette américaine (elle coûte plus cher). Une décote Warsh si le nouveau patron de la Fed tarde à agir sur les taux pour des raisons politiques (Donald Trump veut des taux plus bas). Un rééquilibrage de l'attrait des obligations (si elles offrent un rendement intéressant, l'attrait pour les actions se réduit mécaniquement). Une remontée du dollar (si les bons du trésor sont plus attrayants, le flux acheteur fait grimper le billet vert).

Chaque événement pris séparément est bien compris et n'est pas nécessairement gravissime, mais personne ne maîtrise vraiment leur combinaison, ni les effets d'emballement possibles. Donc le marché s'est tendu et continue à espérer une issue favorable à Ormuz pour pouvoir envisager une baisse des cours pétroliers, qui permettrait d'imaginer que l'accélération de l'inflation s'éteindra au fil du temps. De ce point de vue, Donald Trump continue à exhorter l'Iran à accepter un accord de fin de conflit, mais Téhéran a un certain intérêt à laisser traîner les choses pour affaiblir la Maison Blanche et négocier des conditions plus favorables. Le baril de Brent navigue toujours autour de 110 USD, en hausse de 80% depuis le début de l'année. Pour parler concrètement, et pour reprendre une étude de Bank of America dont j'ai déjà sorti les données précédentes, l'inflation américaine devient dangereuse pour les marchés actions à partir de 4%. Sur les cent dernières années, lorsque l’inflation CPI franchit 4%, le S&P 500 recule en moyenne de 4% sur les trois mois suivants et de 7% sur les six mois suivants. En avril, le CPI a accéléré à 3,8%.

Dans ce contexte, les résultats de Nvidia sont-ils susceptibles de raviver la flamme des marchés actions ? Réponse ce soir après la clôture de Wall Street. L'entreprise qui pèse le plus lourd au monde en bourse a cette capacité à tracter le marché en publiant des résultats époustouflants et des perspectives flamboyantes pour tout l'écosystème technologique. Sera-ce suffisant pour masquer les autres maux financiers du moment ? Aucune idée, mais une sorte de frénésie peut s'installer en amont de l'annonce, pendant la séance américaine. En attendant, Wall Street a baissé pour la 3e fois consécutive hier soir. L'Europe est moins affectée par les dégagements sur le compartiment technologique, mais n'en mène pas large pour autant.

Dans le reste de l'actualité, l'UE a finalisé le texte de son accord commercial avec les Etats-Unis après des mois de négociations. Mais la guerre des droits de douane est presque devenue secondaire. Vladimir Poutine est arrivé à Pékin hier soir avec pour objectif de renforcer les liens entre la Russie et la Chine.

En Asie-Pacifique, les indices riches en technologie des bourses japonaise et coréenne perdent plus de 1%. L'Australie perd également plus de 1% à cause de ses valeurs cycliques. Les marchés européens ont ouvert en baisse modérée. 

Les temps forts économiques du jour

L'agenda macro :

  • 03h15 : Taux préférentiel de prêt à 1 an et 5 ans (Chine)
  • 08h00 : Taux d'inflation (Royaume-Uni)
  • 08h00 : Prix à la production (Allemagne)
  • 16h15 : Discours de Barr de la Fed (Etats-Unis)
  • 16h30 : Changement des stocks de pétrole brut EIA (Etats-Unis)
  • 20h00 : Procès-verbaux du FOMC (Etats-Unis)
  • Le reste de l'agenda ici.

Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :

Les principaux changements de recommandations

  • Aalberts : Barclays démarre le suivi à surpondérer avec un objectif de cours de 43 EUR.
  • Aéroports De Paris : BNP Paribas maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 135 EUR à 138 EUR.
  • Aperam : Citi reste à neutre avec un objectif de cours relevé de 42 à 50 EUR.
  • Arcelormittal : Citi maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 66 EUR à 67 EUR.
  • ASML Holding : UBS maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 1600 à 1900 EUR.
  • Beijer : Barclays démarre le suivi à surpondérer avec un objectif de cours de 155 SEK. SB1 Markets démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 180 SEK.
  • Brenntag : Jefferies passe de sousperformance à conserver avec un objectif de cours relevé de 42 à 56 EUR.
  • Capgemini : Oddo BHF reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 160 à 143 EUR.
  • Evonik Industries : Jefferies passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 15,10 EUR à 20 EUR.
  • Ferretti : Mediobanca passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 4,20 EUR à 3,50 EUR.
  • Lanxess : Jefferies passe de conserver à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 17 à 16 EUR.
  • Rusta : SEB Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours de 100 SEK.
  • Sodexo : Citi maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 48 EUR à 49 EUR.
  • Solvay : Jefferies maintient sa recommandation de sousperformance et réduit l'objectif de cours de 20 EUR à 18 EUR.
  • UBS Group : Oddo BHF maintient sa recommandation neutre et relève l'objectif de cours de 32 à 34 CHF.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • Euronext dépasse les attentes au T1 avec le trading et l'acquisition de la Bourse d'Athènes.
  • Vinci affiche un recul du trafic dans ses aéroports et sur ses autoroutes en avril.
  • Legrand annonce l’acquisition de SRS Power Engineering en Malaisie.
  • Stellantis prévoit d'assembler à Rennes une voiture du chinois Dongfeng.
  • Eiffage a annoncé une augmentation de capital de 292 MEUR réservée à ses salariés.
  • Teleperformance a placé 1,2 MdEUR d'obligations en deux tranches.
  • Vallourec remporte d'importantes commandes de tubes de conduite auprès d'ExxonMobil au Guyana.
  • Eurazeo a acquis une participation majoritaire dans Nextron Systems, un spécialiste allemand de la cybersécurité.
  • Aramis confirme revoir ses objectifs annuels à la baisse.
  • Atos remporte un contrat pour accompagner la transition de l'environnement de travail numérique de l'américain Viasat.
  • Argan a livré une extension de 12 000 m² du site logistique de Celio à Amblainville.
  • Compagnie Chargeurs Invest finalise la vente de Novacel.
  • Hoffmann Green signe un partenariat avec Noree Construction, acteur majeur du Grand Ouest en génie civil agricole et en équipements aquatiques de plein air.
  • BIO-UV Group participe un projet innovant de Vinci.
  • Aliko annonce l’attribution d’un "important appel d’offres public de cinq ans à l’hôpital universitaire Federico II".
  • Haffner tire sur son OCEANE BSA Alpha Blue Ocean.
  • Gold by Gold lance une augmentation de capital.
  • Drone Volt et Skipper NDT signent un accord de collaboration dans l’inspection des pipelines et infrastructures critiques.
  • Les principales publications du jour : Elior, Ubisoft, Poxel, Parrot, Sirius Media, Actia, PlastivaloireLe reste ici.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

  • Embracer dépasse les prévisions de bénéfice trimestriel et annonce sa scission en deux entités cotées.
  • Marks & Spencer affiche un bénéfice en baisse pour l'exercice 2026 malgré un bond du chiffre d'affaires.
  • Experian affiche un bénéfice et un chiffre d'affaires en hausse pour l'exercice 2026.
  • La répression des fraudes a mené des inspections inopinées chez Nestlé Waters en France. Nestlé qui est par ailleurs accusé de manquements par des médias dans le rappel de lait infantile contaminé.
  • Ryanair estime que le choc énergétique peut faire tomber des compagnies européennes.
  • Enel lance un emprunt obligataire de 2,5 MdsEUR.
  • KNDS envisage de céder une partie de sa participation dans Renk, selon Bloomberg.
  • Les principales publications du jour : Experian, Roivant, CSG N.V, Elia, Orkla

D'Amérique du Nord

D'Asie et d'ailleurs

  • Les négociations salariales pour éviter une grève chez Samsung Electronics échouent à nouveau.
  • KKR vend ses parts dans le fournisseur japonais d'équipements pour la fabrication de puces Kokusai.
  • TDK va acquérir le malaisien Linergy Power pour 241 millions de dollars.
  • Panasonic rachète le britannique Hive Media Control pour renforcer son écosystème de solutions visuelles.
  • Le fabricant chinois de mains robotiques Linkerbot envisage une introduction en bourse à Hong Kong.
  • Les principales publications du jour : Tokio Marine Holdings

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures