Avec un chiffre d'affaires de 150 milliards de dollars, en croissance de moitié sur dix ans ans, China Mobile offre une autre particularité : celle de n'avoir pas de dette nette, et ainsi d'être l’opérateur télécom le mieux capitalisé du monde - ce qui ne l'empêche pas d'afficher une rentabilité des capitaux propres supérieure aux opérateurs européens.
Cependant, comme en Europe, le parti central - qui contrôle China Mobile via une entreprise d'État rattachée à la SASAC, l'organisme du Conseil des affaires d'État qui supervise les grandes entreprises publiques stratégiques - priorise un accès aux réseaux le plus abordable possible.
À cet égard, les marges et la rentabilité de China Mobile sont restées structurellement sous pression tout au long du dernier cycle. En témoigne un profit d'exploitation qui ne croît que de 6% sur la dernière décennie - autant dire qu'il décline une fois ajusté pour l'inflation - quand le chiffre d'affaires augmentait à un rythme beaucoup plus soutenu.
Une même fin, différents moyens donc : en Europe, le régulateur a encouragé la fragmentation du marché pour stimuler la concurrence et la baisse des prix ; en Chine, plus grand marché du monde, le secteur est parfaitement consolidé, mais l'objectif politique est le même.
Comme chez ses pairs occidentaux, la tendance chez China Mobile est à la réduction des investissements après une décennie de mise à niveau effrénée des réseaux. On note à cet égard que l'opérateur chinois supporte la même intensité capitalistique que ses comparables occidentaux : sa présence au cœur des grandes chaînes d'approvisionnement ne semble pas lui avoir offert d'avantages stratégiques notables.
C'est bien entendu la distribution de dividendes qui demeure au centre de ses priorités. Le dividende par action a triplé en vingt ans, et doublé en dix ans, soit une performance qu'aucun comparable en Occident n'a été capable d'égaler. Cependant, plus d'un analyste questionne la soutenabilité de cette tendance face à l'évolution démographique chinoise et un taux d'équipement désormais au plafond.
Ceci, couplé à la remontée des taux en 2022, ainsi qu'une politique de reprise en main tant des grandes entreprises privées que des entreprises d'État par le parti, a porté la valorisation à un rendement sur dividende proche de ses plus-hauts historiques.
En la matière, il est supérieur à celui des deux grands opérateurs américains, qui affrontent tous deux un sérieux problème d'endettement ; et encore plus nettement supérieur à ceux des grands opérateurs européens, pourtant prisonniers d'un contexte concurrentiel impitoyable.


















