Chaque trimestre, cette période est marquée par une volatilité accrue autour des publications d’entreprises. Rien d’anormal, mais cela suppose de suivre de près le calendrier des résultats pour éviter toute mauvaise décision d’investissement. Investir dans une entreprise la veille de la divulgation de ses résultats sans en être conscient en est une par exemple. 

Pour éviter toute mésaventure, le calendrier des publications est disponible dans le bandeau du site.

Au-delà des chiffres, cette saison est aussi une leçon intéressante pour mieux comprendre la psychologie des marchés actions.

Car s’il y a toujours une explication plus ou moins rationnelle à un mouvement important sur un titre, il arrive parfois d’être décontenancé et de ne pas comprendre le marché après une publication de résultats. 

Résultats vs Prévisions 

Le titre mentionne “de bons résultats”. Mais au fond, qu’appelle-t-on “bons résultats” ? Il faut distinguer une bonne performance intrinsèque comme une accélération de la croissance bénéficiaire et une bonne performance par rapport aux prévisions des analystes. 

Vous le savez, le cours d’une action reflète les attentes futures qu’on place en elle. Ainsi, si le marché s’attendait déjà à un doublement du bénéfice par action et que l’entreprise déclare une hausse de 90%, on peut en effet s’attendre à une réaction négative. 

Mais le diable se cache parfois dans les détails. Des détails qui n’en sont pas pour ceux qui suivent de près la dynamique d’un titre. Prenons l’exemple de Legrand, dont la valorisation repose en partie sur la croissance de son activité dans les centres de données, attendue en hausse de 30% sur l’année. Ce segment, bien qu’il ne représente qu’un quart des ventes, captera (presque) toute l’attention le 12 février lors de la publication. Pourquoi ? Parce que c’est lui qui nourrit le narratif boursier autour du titre.

Battre les attentes, c’est bien. Nourrir le bon narratif, c’est mieux.

Quand la suite inquiète

Le facteur de déception le plus classique reste bien sûr l’écart par rapport aux attentes des analystes. Mais un groupe peut très bien battre ces attentes et pourtant chuter en Bourse. 

En effet, les dirigeants annoncent également leurs propres prévisions pour les trimestres à venir à cette occasion. Une entreprise peut avoir profité d’un environnement favorable sur la période écoulée, mais entrevoir un brouillard à l’horizon. Ainsi, l’an dernier, les groupes internationaux qui se disaient particulièrement concernés par les droits de douane dans leur présentation de résultats se sont retrouvés pénalisés en Bourse. De la même manière, une entreprise peut annoncer un ralentissement de la production à venir, une compétition accrue qui pourrait éroder les marges ou s’attendre à des contraintes qui vont freiner les dépenses de ses clients. Autant de signaux que le marché n’ignore pas.

Et plus la valorisation est élevée, plus le marché se montre exigeant. Dans le secteur du luxe par exemple, les publications d’Hermès, pourtant solides, ont tendance à susciter peu d’enthousiasme. Quand l’excellence devient la norme, il faut sans cesse la dépasser pour susciter une réaction positive.

Facteurs exogènes

On peut citer deux exemples récents pour illustrer l’importance des facteurs exogènes. Toujours dans le luxe, la Compagnie Financière Richemont vient de publier les résultats du troisième trimestre de son exercice fiscal. Bien que le groupe ait dépassé les attentes de chiffre d’affaires avec de bonnes dynamiques géographiques et sur la joaillerie, le titre a chuté. La faute à des vents contraires macroéconomiques qui pénalisent les marges. D’abord, la flambée du prix de l’or alourdit les coûts de production dans la bijouterie et les droits de douane ainsi que les fluctuations monétaires pèsent également sur les marges.

Cette publication est un bon cas d’école d’un autre point de vue. Richemont ayant publié avant ses concurrents, ces derniers ont également souffert par anticipation des mêmes vents contraires. Un rappel que le timing de publication peut influencer tout un secteur.

Dans la catégorie facteur exogène, il y a un acteur assez actif à Washington. Donald Trump vient de demander le plafonnement des taux d’intérêt des cartes de crédit à 10%. En l'occurrence, les marchés ont eu le temps d’encaisser la nouvelle et Visa, Mastercard et American Express ont déjà plongé cette semaine. Si leurs résultats avaient été publiés juste après cette annonce, les chiffres auraient probablement été éclipsés par l’inquiétude immédiate. Il faut avoir les yeux partout : sur les chiffres, mais aussi l’actualité des parties prenantes. 

La communication 

Les “earnings calls” accompagnent chaque publication d’entreprises. Ces conférences permettent aux dirigeants d’approfondir les priorités stratégiques et de répondre aux questions des analystes qui suivent le dossier pour expliquer plus en détail ce qu’ils viennent de présenter au public. Un moment précieux pour les actionnaires afin de mieux comprendre les priorités du management et les perspectives du groupe (les transcriptions de ces appels sont d’ailleurs disponibles sur Zonebourse). Les analystes s’en servent notamment pour ajuster leurs perspectives et donc leurs objectifs de cours. 

Un départ au sein de l’équipe dirigeante annoncé à cette occasion peut semer le trouble. Les changements au sein du management sont également une source de volatilité. Les actionnaires ont donné les clés du camion à une équipe, si celle-ci change, c’est la lecture du futur de l’entreprise qui change avec. 

Les exemples ci-dessus illustrent bien la nécessité de prendre en compte tout l’écosystème autour de chacun des titres de son portefeuille pour naviguer sereinement dans cette période. Puisse cette saison de résultats vous être favorable, chers investisseurs.