Venezuela, Iran, Groenland… Donald Trump est partout dans les affaires du monde en ce début d’année. Mais il n’en oublie pas Jerome Powell, puisqu’une enquête pénale a été ouverte contre le président de la Fed, concernant la rénovation du siège de la Fed et un éventuel parjure de Jerome Powell lors de son audition au Congrès en juin dernier.
Comme nous l’expliquions hier, l’objectif de l’administration Trump est surtout de pousser Jerome Powell à la démission à l’issue de son mandat de président. Car il est gouverneur jusqu’en janvier 2028. Et si l’usage pour un président de la Fed en fin de mandat est de démissionner, il peut tout à fait choisir de rester au board pendant les deux prochaines années.
Jusqu’ici, Powell avait toujours refusé de clarifier son avenir mais les observateurs s’attendaient plutôt à le voir quitter la Fed après le mois de mai. La vidéo publiée dimanche soir a complètement changé ces pronostics. "La probabilité que Powell quitte ses fonctions de président est devenue quasi nulle" estime ainsi David Wilcox, économiste du Peterson Institute, passé par la Fed entre 2011 et 2018. "Il voit maintenant la gravité de la menace qui pèse sur l'institution et estime probablement n'avoir d'autre choix que de rester".
En effet, depuis sa nomination en 2018, Jerome Powell a toujours refusé le combat politique. Face aux attaques de Donald Trump (dont il faisait déjà l’objet lors de son premier mandat), il a jusqu’ici toujours choisi de rester au-dessus de la mêlée. Sa vidéo de dimanche soir marque un vrai changement de posture. Désormais, il descend dans l’arène et répond directement au président.
Effet boomerang
On laissera Jerome Powell clarifier lui-même son avenir mais la conclusion que Zonebourse tire de cette séquence, c’est qu’on ne fait pas ce type de vidéos pour ensuite démissionner. L’agressivité de Donald Trump à l’égard de Jerome Powell risque donc de produire l’inverse du résultat souhaité. Et plus largement, sa volonté de reprise en main de la Fed est in fine assez contre-productive.
L’administration Trump a par exemple voulu un contrôle plus important sur les nominations des présidents de Fed régionales - à l’instar des gouverneurs, qui sont directement nommés par le président. Mais cette pression a plutôt incité la Fed a accéléré son calendrier. Mi-décembre, les 7 gouverneurs ont ainsi approuvé à l’unanimité la reconduction pour cinq ans de tous les présidents de Fed régionales (exception faite de Raphael Bostic qui prend sa retraite).
Ensuite, son propre camp n’est pas très à l’aise avec les attaques contre la Fed. Selon Axios, Scott Bessent, aurait indiqué dimanche soir à Donald Trump que l'enquête fédérale visant Powell "a semé la pagaille" et pourrait avoir des conséquences néfastes pour les marchés.
Certains élus républicains ont même publiquement exprimé leur opposition. Le sénateur Thom Tillis, membre de la commission sénatoriale des Banques, a ainsi déclaré qu'il s'opposerait à toute nomination à la Fed "tant que cette question juridique ne sera pas complètement réglée". Une position soutenue par sa collègue de l'Alaska, Lisa Murkowski, qui a estimé que "si la Réserve fédérale perd son indépendance, la stabilité de nos marchés et de l'économie en général en pâtira". Rappelons que les gouverneurs de la Fed sont nommés par le président américain, mais doivent ensuite être confirmés par le Sénat et que la majorité républicaine est assez courte.
Une Fed plus indépendante ?
Enfin, si les réactions des marchés sont très mesurées en ce début de semaine, les attaques contre la Fed risquent in fine de se traduire par une prime de risque plus élevée sur la dette américaine et donc des taux longs plus élevés. Soit l’opposé de ce que veut l’administration Trump. Rappelons que la Fed pilote les taux courts mais que les taux longs sont la somme des anticipations de croissance, d’inflation (qui peuvent remonter si un nouveau président de la Fed laisse filer l’inflation) et de la prime de terme.
Le point positif de tout cela, c’est que si de nombreux investisseurs s’inquiètent pour l’indépendance de la Fed, les attaques de Donald Trump pourraient en réalité la renforcer.
"Au sein de la Réserve fédérale, cette évolution – l’enquête pénale contre Powell - sera perçue comme très alarmante et comme la preuve que Trump entend bien prendre le contrôle de la politique monétaire", juge ainsi l’ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen. "Ceux qui craignent pour l’indépendance de la Fed seront peut-être plus enclins à rester, afin de limiter le nombre de sièges disponibles pour que Trump puisse contrôler le conseil".



















