Correction, consolidation, bear market et krach. Il pourrait s'agir des quatre mots les plus dangereux du monde financier, mais Sir John Templeton avait déjà confisqué l'expression pour son célèbre aphorisme "les quatre mots les plus dangereux en finance sont : cette fois c'est différent".
Allons-y crescendo :
La consolidation
La définition : c'est le mot qui sert à désigner la baisse dont tout le monde se fout. Les vieux briscards ou ceux qui veulent passer pour des maîtres du sang-froid jugent une consolidation "saine", voire "salutaire".
En chiffres : une baisse de 0 à 10% par rapport aux pics les plus proches, mais qui commence à ressembler à une vraie consolidation à partir de 5%.
L'avis des optimistes : super, c'est une excellente occasion d'acheter des actions qui étaient un peu chères.
L'avis des pessimistes : toutes les corrections ont commencé par des consolidations.
La représentation graphique : un nid de poule dans une route qui monte, qui devient invisible avec le temps.
La citation : "Génial cette consolidation, j'ai pu acheter du Palantir à 382 fois les résultats au lieu de 456 fois".
La correction
La définition : c'est quand les investisseurs se prennent une fessée et qu'ils commencent vraiment à avoir les miquettes (définition non-garantie, fournie par une personne de 87 ans).
En chiffres : une baisse de 10 à 20% par rapport aux pics les plus proches. Statistiquement, il y a eu 27 corrections au cours des 50 dernières années aux Etats-Unis (Source Charles Schwab), dont la dernière au début de l'année 2025, entre février et le début du mois d'avril.
L'avis des optimistes : super, c'est une excellente occasion d'acheter des actions en soldes, mais on va quand même attendre un peu de voir comment ça tourne.
L'avis des pessimistes : tous les bear markets ont commencé par des corrections.
La représentation graphique : une crevasse sur la pente d'un glacier, qui peut rester visible un moment.
La citation : "Pourvu que ça s'arrête, pourvu que ça s'arrête…"
Le bear market
La définition : en français, on parle de marché baissier. Mais on a préféré garder la version américaine, plus animale. L'ours, bear (prononcer "Ber" et par "Bir", sinon ça veut dire bière) symbolise la baisse à Wall Street, par opposition au taureau (bull) haussier. Le bear market, c'est le début de l'enfer pour les investisseurs.
En chiffres : une baisse qui dure et qui dépasse 20%. On compte sept bear markets en 50 ans à Wall Street. Les deux derniers remontent à février / mars 2020 (Covid) et janvier / octobre 2022. Mais celui de 2020 a été si court (33 jours) qu'on peine à réellement le qualifier de bear market. Historiquement, le bear market typique dure en moyenne 14 mois et fait perdre 36% aux indices. Mais les deux derniers ont été plus brefs.
L'avis des optimistes : un bear market dure en moyenne 14 mois, mais un bull market dure en moyenne 5 ans.
L'avis des pessimistes : depuis le temps que je vous dis que le système va s'effondrer, bande de crétins !
La représentation graphique : une faille sismique, qui reste visible longtemps.
La citation : "Moi, je m'en fous, j'ai tout mis sur des obligations suisses, de l'or et du BX4".
Le krach
La définition : le krach boursier, c’est la panique en version accélérée. Une chute violente, brutale, fulgurante, sur quelques heures ou quelques séances. Rien à voir avec une baisse ordonnée ou progressive : ici, les marchés se délitent brutalement, dans un climat de panique généralisée. Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas tant l’ampleur de la baisse qui définit un krach, mais sa vitesse, sa violence, son effet domino. Le krach d’octobre 1929 a précipité la Grande Dépression ; celui de mars 2020, en pleine crise du Covid, a effacé plusieurs années de gains en quelques jours, avant une reprise tout aussi spectaculaire (bien vu, Kévin, mars 2020 était à la fois un krach ET un bear market express). Dans un krach, la rationalité cède la place aux instincts grégaires. Tout le monde vend, personne n’achète, et les carnets d’ordres deviennent des trous noirs.
En chiffres : il n'y a pas de décompte officiel des krachs. Mais on peut dénombrer un certain nombre de séances boursières uniques ou consécutives qui répondent à la définition précitée. Pour le S&P 500, la séquence -4,9% le 11 mars 2020, -9,5% le 12 mars 2020 et -12% le 16 mars 2020 est considérée comme un krach. Le fameux lundi noir de 1987 a été marqué par le plongeon de 22,6% du Dow Jones. Le lundi 6 octobre 2008 (faillite de Lehman Brothers), le CAC 40 a perdu 9% en une seule séance. Sur la semaine, il avait chuté de 22,7%.
L'avis des optimistes : …
L'avis des pessimistes : on va tous mourir.
La représentation graphique : une falaise.
La citation : "Je ne suis pas ruiné, je suis en phase d’optimisation fiscale post-traumatique".

















