Ces rappels illustrent comment un ingrédient compromis peut se propager dans le secteur très régulé de la nutrition infantile, entraînant une réaction rapide des autorités et des entreprises soucieuses d'éviter tout préjudice réputationnel et de protéger leurs parts de marché dans des régions aussi lucratives que la Chine.
Nestlé avait rappelé plus tôt ce mois-ci des lots de produits de nutrition infantile dans des dizaines de pays, en raison d'une possible contamination à la céréulide, une toxine susceptible de provoquer nausées et vomissements.
Une enquête judiciaire est en cours en France afin de déterminer s'il existe un lien entre le décès d'un nourrisson et le lait Nestlé. Le ministère de l'Agriculture a indiqué que les résultats sont attendus d'ici une dizaine de jours.
Samedi, l'Agence alimentaire de Singapour a ordonné le rappel préventif d'un lot de Dumex Dulac 1 de Danone, d'origine thaïlandaise, ainsi que de NAN HA1 SupremePro de Nestlé, d'origine suisse, après détection de céréulide.
Lactalis, entreprise familiale, a annoncé mercredi que sa division nutrition rappelait des lots de lait pour bébés dans 18 pays, en raison de la présence de céréulide dans un ingrédient fourni par un sous-traitant.
« Tous les producteurs de lait infantile en France et à l'international sont susceptibles d'avoir été concernés par des livraisons de matières premières non conformes provenant du même fabricant, ce qui a entraîné les rappels chez Nestlé et Lactalis », a indiqué à Reuters un responsable du ministère français de l'Agriculture.
« LA RÉACTION DU COURS SEMBLE EXAGÉRÉE »
Le titre Danone chutait d'environ 8,3 % mercredi, atteignant en début de séance son plus bas niveau depuis février 2025. L'entreprise a affirmé travailler avec le régulateur de Singapour et que tous les contrôles confirmaient la sécurité de ses produits, aucune irrégularité n'ayant été détectée concernant Bacillus cereus, la bactérie pouvant produire la céréulide.
La faiblesse du titre ces derniers jours s'explique par des abaissements de recommandations de courtiers, citant des vents contraires sur les devises, un ralentissement de la croissance du secteur et la baisse du taux de natalité en Chine qui pèse sur les ventes de lait infantile, selon Sagar Thanki, analyste chez Guinness Global Investors, actionnaire de Danone.
La chute du cours mercredi est liée au rappel à Singapour, a ajouté Thanki.
« Le processus implique des températures élevées et des procédures de séchage qui éliminent la bactérie, même si certains résidus de toxine peuvent encore être détectables, mais bien en deçà des normes réglementaires et donc sans danger pour la consommation », a indiqué JPMorgan dans une note après discussion avec Danone.
« Dans l'ensemble, la réaction du cours aujourd'hui nous semble exagérée, même si nous comprenons le contexte suite au rappel de Nestlé. »
La nutrition infantile représente environ 21 % du chiffre d'affaires du groupe Danone, selon les analystes de Bernstein. Chez Nestlé, cette catégorie compte pour environ 5 %.
Le fournisseur de l'acide arachidonique contaminé, ou ARA, est néerlandais, a indiqué un porte-parole de Lactalis à Reuters, excluant toutefois le producteur coté à Amsterdam dsm-firmenich.
Il a été vendu par une société néerlandaise mais provenait de Chine, a précisé séparément le responsable du ministère français de l'Agriculture, refusant de nommer les entreprises concernées.
Nestlé avait également identifié le problème de qualité dans l'une de ses usines aux Pays-Bas et avait suspendu l'approvisionnement en huile d'ARA auprès du fournisseur concerné.
dsm-firmenich a précisé qu'aucun de ses produits n'avait été concerné par le rappel de Nestlé.



















