Voir à cet égard Dassault Systèmes SE : Feuille de route très ambitieuse et Dassault Systèmes SE : Exigences élevées. Il ne s'agissait en réalité que d'un très modeste effort de divination : statistiquement, la conjugaison des deux éléments - promesses déraisonnables du management d’un côté, attentes trop fortes des investisseurs de l’autre - reste un chemin presque certain vers une sévère déconvenue.

Déconvenue bien réelle en 2025 pour Dassault Systèmes, avec un chiffre d'affaires sans aucune croissance - 4% à taux de changeconstant, certes, mais 0% à taux de change courant, ce que le management oublie commodément de mentionner dans l'en-tête de son communiqué de presse. La marge opérationnelle est préservée et de sensibles gains sont même attendus l'an prochain, sans doute par l'effet de réductions de postes.

L'exercice qui s'achève marque donc le premier coup d'arrêt à la croissance de l’éditeur de logiciels depuis la crise des subprimes. L'avis des analystes de Zonebourse est que cette contre-performance est un signal illustratif de la conjoncture économique très tendue en ce moment - sujet somme toute assez peu discuté dans les médias, qui n’ont d’yeux que pour le boom de l'IA.

Le profit cash - ou cash flow libre - de Dassault Systèmes reste lui identique presque à l'euro près à celui de l'an dernier. C'est la cinquième année de stagnation des profits pour l'éditeur de logiciels, qui se trouve donc bel et bien à une séquence charnière de son développement - séquence dans laquelle, hélas, il semble pour l'instant englué.

En particulier, la performance de son segment sciences de la vie déçoit à nouveau en 2025, avec une baisse de 6% du revenu à taux de change courant. À cet égard, l'acquisition de Medidata pour cinq milliards d'euros en 2018 n'a pour l'instant pas délivré les résultats escomptés ; ajustée pour l'inflation, la croissance du segment est très modeste depuis cinq ans, dans un secteur certes lui aussi profondément déprimé.

On peut cependant choisir de voir le verre à moitié plein. La plate-forme de Dassault Systèmes reste un véritable standard industriel, et même une sorte de monopole de facto avec une clientèle largement captive. Cette situation compétitive privilégiée, soulignons-le quand même, ne s'est jusque-là jamais vraiment traduite par un réel pricing power.

Comme nombre d'éditeurs de logiciels, le groupe français subit aussi de plein fouet la défiance des investisseurs qui voient l’émergence de l’IA comme une menace. Sur ce sujet, il est permis de penser qu'il s'agit pour l’éditeur d'une opportunité plutôt que d'un risque... Mais chacun verra midi à sa porte ici.

La valorisation de Dassault Systèmes s'est largement ajustée au changement de paradigme. Alors qu'elle oscillait durant la dernière décennie aux alentours de trente-cinq fois le cash flow libre, elle est désormais redescendue à vingt fois celui-ci. Le groupe doit impérativement renouer avec la croissance pour justifier une potentielle expansion de multiples. 

Hélas, aucun développement de cette nature ne semble se profiler en 2026.