Ici comme dans de nombreux autres secteurs, extrapoler des résultats dopés par une phénoménale distorsion fut une erreur qui coûta très cher aux investisseurs.

L'embellie a en effet achevé de se dégonfler, si bien qu'ajusté pour l'inflation, voici le cours du titre Kuehne + Nagel peu ou prou revenu à son niveau d'antan, c'est-à-dire d'avant le choc du printemps 2020 lorsque la déferlante du covid paralysait le monde entier.

Le logisticien publiait hier ses résultats annuels. Ces derniers révèlent que l'exercice 2025 marque un nouveau recul par rapport à l'exercice précédent - le troisième en trois ans - avec un profit d'exploitation qui diminue d'un quart en douze mois.

Des quatre segments du groupe - mer, air, route et logistique contractuelle - seul ce dernier affiche une bonne tenue ; tous les autres subissent une normalisation des tarifs et une pression sur les volumes.

Maintenant que la distorsion causée par la pandémie est derrière lui, on peut évaluer avec davantage de placidité la trajectoire de croissance du groupe à long terme, qui n'enregistre qu'une expansion de 20% de son profit d'exploitation entre 2019 et 2025.

Le reflet de cette normalisation est un retour du dividende à son niveau pré-pandémie, avec une distribution proposée de 6 francs suisses par action, soit un montant équivalent à celui de la période 2017-2019.

En 2022, 2023 et 2024, Kuehne + Nagel avait distribué 10, 14 puis à nouveau 10 francs suisses de dividende par action. En plus, aberration suprême, de procéder à des rachats d'actions intensifs en 2022 et 2023 alors que le cours de son titre était en pleine surchauffe spéculative.

Autrement géré de manière conservatrice - nonobstant cette curieuse décision pendant la pandémie - Kuehne + Nagel a toujours été tortue plutôt que lièvre. Le profit par action atteint 7,4 francs en 2025, contre 6,7 francs en 2019 et 6 francs il y a dix ans.

Ajustée pour l'inflation, la croissance est donc modeste, comme rappelé en introduction de cet article. Cependant, le marché s'est historiquement bien accommodé de cette situation, puisqu'il a continué de valoriser le logisticien à un multiple de ses bénéfices plutôt généreux - d’aucuns diraient même inhabituellement clément. 

En réalité, c'est par rapport à son rendement sur dividende que le titre Kuehne + Nagel demeure appréhendé par les investisseurs. Avec un rendement de 3,3%, on pourrait soutenir qu'ils se contentent de peu, sauf à rappeler que le Bund paie 2,8% et le dix ans suisse 0,3%.

Dans ce contexte de taux bas et de chasse au rendement des grands investisseurs institutionnels, le titre Kuehne + Nagel apparaît donc valorisé comme une obligation plutôt qu'une action. C'est d'ailleurs le cas de très nombreuses entreprises cotées dans la partie germanophone du Vieux Continent.