Paris (awp) - Dans l'affaire des laits infantiles contaminés à la céréulide, 24 familles saisissent le tribunal judiciaire de Paris contre l'État et les industriels pour mise en danger délibérée, maintien de denrées dangereuses, blessures involontaires, mais aussi entrave à la manifestation de la vérité, a révélé mardi la cellule investigation de Radio France.

Ces familles, dont les enfants ont été malades voire hospitalisées, "dénoncent le manque d'analyses officielles et le fait que les autorités les orientent vers Nestlé pour analyser les poudres de lait suspectes", selon le site de la radio publique française.

"Après avoir signalé des symptômes inquiétants - vomissements, diarrhées, malaises, infections graves, parfois des hospitalisations -, ces familles, membres du collectif Intox'Alim, demandent que les poudres de lait consommées par leurs enfants soient analysées par un laboratoire indépendant, alors qu'elles se heurtent systématiquement à l'inaction des autorités ou sont renvoyées vers les industriels eux-mêmes pour examiner les produits incriminés", notamment Nestlé, pointe Radio France.

Seules deux poudres font actuellement l'objet d'analyses officielles, dans le cadre d'enquêtes pénales à Angers et Bordeaux après le décès de deux nourrissons ayant consommé du lait Guigoz concerné par le premier rappel intervenu mi-décembre, rapporte la cellule investigation.

Selon Maître Nathalie Goutaland, avocate de 24 familles dans ce dossier, "en demandant aux parents de renvoyer les poudres à Nestlé, l'industriel se retrouve à la manoeuvre d'une enquête sanitaire qui le concerne directement. Plus troublant encore, cette démarche est encouragée par les autorités", souligne-t-elle, rappelant que ni le droit européen ni la réglementation française ne prévoient que les fabricants réalisent eux-mêmes les analyses censées établir un lien entre un aliment et l'apparition de symptômes chez des nourrissons.

Contacté, le ministère de l'Agriculture a indiqué que "dans le cas présent, les analyses sont effectuées par les exploitants dans des laboratoires dont les performances sont adaptées aux besoins, reconnaissant en creux que les autorités ne disposent pas elles-mêmes des moyens de mener les investigations sanitaires, contrairement à ce que prévoit la réglementation".

À ce jour, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation) "est le seul laboratoire public en France en mesure de détecter et de quantifier la toxine céréulide, mais avec des capacités limitées", souligne Radio France. . Depuis la mi-décembre, des rappels en cascade de lots de lait infantile de plusieurs marques de Nestlé, Hochdorf, Lactalis, Danone ou encore Vitagermine ont été initiés dans une soixantaine de pays, dont la France et la Suisse, en raison d'une contamination à la toxine céréulide, provoquée par une bactérie.

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