Héritier d'un site bavarois fondé en 1908, Alzchem Group AG s'appuie sur une intégration verticale unique de la chaîne chimique NCN (azote-carbone-azote). Seul producteur occidental de créatine haute pureté et fournisseur clé de nitroguanidine pour la défense, le groupe concentre l'essentiel de sa valeur dans son segment Specialty Chemicals. Ce positionnement sur des niches à hautes barrières à l'entrée permet à la pépite de Trostberg de s'affranchir des cycles de la chimie traditionnelle pour devenir un acteur stratégique de la souveraineté européenne.

Poudre à canon et créatine : les deux moteurs du segment vedette

Le groupe s'articule autour de trois segments, mais c'est Specialty Chemicals qui porte la valeur avec 91% de l'EBITDA consolidé. Ce pôle, dont la marge s'élève à 28,2%, repose sur une intégration verticale totale de la chaîne NCN (azote-carbone-azote), créant des barrières à l'entrée massives. Cette puissance opérationnelle compense la fragilité de la branche Basics & Intermediates (29% du CA), dont les volumes ont reculé de près de 11% sous la pression de la sidérurgie européenne.

Le succès du segment vedette s'appuie sur deux piliers mondiaux. D'abord, la nitroguanidine, composant indispensable des poudres propulsives pour obus de 155 mm. Seul producteur européen, Alzchem investit 140 MEUR pour doubler ses capacités en Allemagne (soutenu par 34,4 MEUR du programme européen ASAP) avec une mise en service fin 2026. Ce déploiement est complété par un projet majeur aux Etats-Unis, appuyé par une subvention de 150 MUSD du Pentagone. 

Ensuite, la créatine haute pureté (99,99 %), dont le groupe est l'unique producteur occidental. Le partenariat avec le géant laitier Ehrmann, lancé fin 2025 avec la gamme "High Protein Creatine", marque un tournant historique. En intégrant la créatine Creavitalis directement dans des produits de grande consommation comme les puddings protéinés, Alzchem sort du marché de niche des salles de sport pour s'attaquer au marché de masse de la nutrition santé. Cette démocratisation du produit valide un changement de dimension commerciale et justifie la construction d'une nouvelle unité automatisée de 120 MEUR opérationnelle mi-2027.

Enfin, l'activité de synthèse sur mesure (Custom Manufacturing) pour les géants de la pharma et de l'agrochimie joue un rôle de stabilisateur critique. En utilisant la même infrastructure pour ses propres molécules et des commandes tierces, Alzchem optimise ses taux d'utilisation et lisse ses cycles industriels. Ce modèle de plateforme a permis au pôle d'enregistrer une progression de 15,2% de son EBITDA en 2025, sécurisant ainsi la rentabilité globale du groupe malgré un contexte chimique européen dégradé.

Une croissance en demi-teinte, mais des marges de fer

Le chiffre d'affaires a progressé de 2% à 562,1 MEUR, en deçà des 580 MEUR attendus, la faiblesse de la sidérurgie européenne ayant pesé plus que prévu sur le segment Basics & Intermediates. La surprise est venue de la rentabilité : l'EBITDA a bondi de 11% à 116,5 MEUR, au-dessus du consensus à 113 MEUR, portant la marge de 19,0% à 20,7%. Le bénéfice net ressort à 63,6 MEUR contre 54,2 MEUR en 2024, et le dividende est proposé en hausse à 2,10 euros.

Côté bilan, Alzchem affiche désormais une position de trésorerie nette positive de 30,6 MEUR, éliminant totalement sa dette nette malgré des investissements records. Le flux de trésorerie opérationnel affiché à 137,0 MEUR intègre toutefois plus de 55 MEUR d'avances clients sur le projet nitroguanidine, comptabilisées en dettes au bilan sous IFRS et convertibles en revenus seulement à partir de 2027. Le free cash flow, plus représentatif, ressort à 40,1 MEUR, positif malgré un capex en forte hausse (+136% en 2025).

Horizon 2027 : un changement d'échelle sous haute surveillance

Pour 2026, la direction vise 600 MEUR de CA (+8%) et 126 MEUR d'EBITDA (+11%). Cette année fera office de rampe de lancement, freinée au premier semestre par une maintenance lourde de 10 MEUR sur un four à carbure. L'accélération marquée est attendue dès 2027 avec la pleine contribution des nouveaux sites industriels. A 156 euros, le titre traite à 23x les bénéfices 2026, contre 19x pour Evonik. Ce premium s'appuie sur une visibilité rare offerte par les contrats défense, alors que le groupe affiche désormais l'ambition de franchir le milliard d'euros de revenus à long terme.

Le risque principal reste la compression du FCF sous l'effet du capex, avec un ratio VE/FCF dépassant 40x sur 2026. Une désescalade géopolitique réduirait mécaniquement la pression sur les stocks de munitions OTAN, et avec elle la visibilité sur les commandes de nitroguanidine.