Ces derniers mois, chaque envolée du cacao se traduit par un repli du titre du chocolatier. Et inversement. Depuis 2023, la flambée de la fève a été telle que The Hershey Company s’apparente désormais à un quasi-pari inverse de l’évolution de la matière première elle-même.

La corrélation inverse est frappante : alors que le prix d’une tonne de cacao reculait de 11 280 à 8 500 dollars la tonne depuis le 20 mai, l’action Hershey, elle, s’est appréciée de près de 30 %.

Évolution de l’indice S&P GSCI Cocoa Index qui mesure l’évolution du prix des contrats à terme sur le cacao et The Hershey Company. On y voit une forte corrélation inverse depuis le début de l’année

Au-delà de sa sensibilité au prix du cacao, Hershey s’appuie depuis de nombreuses années sur de solides fondamentaux et une trajectoire de croissance remarquablement régulière. En dix ans, le chiffre d’affaires est passé de 7,4 à 11,2 milliards de dollars, la marge opérationnelle a gagné trois points et le bénéfice par action a été multiplié par cinq. Le groupe a, dans le même temps, su contenir la pression d’une concurrence toujours plus intense. Seule ombre apparente : la forte progression de la charge d'intérêts qui devrait être alourdie par l’acquisition de LesserEvil, une marque spécialisée dans le popcorn. 

Pour faire face au contexte actuel, Hershey prévoit une hausse d’environ 20 % de ses prix dans la confiserie américaine à partir de la fin de l’exercice ainsi que de nouvelles économies de coûts. Mais ces leviers ont déjà été actionnés à plusieurs reprises depuis 2019. Ils offrent ainsi une marge de manœuvre relativement limitée. Et même si des gains de productivité et de pricing sont au rendez-vous, ils risquent d’être absorbés par l’inflation des intrants et les droits de douane. Reste aussi le risque d’une contraction des volumes. L’environnement actuel pousse les ménages américains à préserver leur pouvoir d’achat aux achats essentiels ou aux alternatives moins chères. Ces craintes expliquent pourquoi le titre se traite, depuis plusieurs mois, sur des multiples de valorisation nettement inférieurs à la moyenne historique. 

Reste que les observateurs du secteur anticipent une détente des prix du cacao l’an prochain. L’envolée récente tient surtout à des facteurs exceptionnels (sécheresse et parasites qui frappent les plantations de Côte d’Ivoire et du Ghana, les deux plus grands producteurs mondiaux). 

Cette année s’apparente ainsi comme un exercice de transition. La récente remontée du titre traduit l’idée que le plus dur est derrière et que 2026 sera meilleur.