Parmi les entreprises du Fortune 500, seules 24 sont dirigées par leur fondateur. Ce classement regroupe 500 entreprises américaines en fonction de leur chiffre d'affaires et représente les deux-tiers du PIB américain. Une minorité écrasante. Et pourtant, une minorité qui surperforme.
Bain & Co nous en apprend plus. De 2015 à 2024, les entreprises du S&P 500 considérées comme ‘founder-led’, celles qui comptent le fondateur comme directeur général ou membre du directoire, ont deux fois mieux performé que leurs pairs. Pour les entreprises technologiques, on parle d’une surperformance de 2,8x. Comment expliquer un tel différentiel ?
Le leadership fondateur
D’abord, la question de la légitimité est un point central. Brian Chesky, PDG et fondateur d’Airbnb se définit lui-même comme la “mère biologique” de son entreprise. Les risques initiaux, les sacrifices personnels et les années d’incertitude forgent une certaine autorité.
Cette légitimité se traduit très concrètement dans le leadership. Une étude menée par le cabinet spécialisé ghSmart montre que 86% des fondateurs possèdent une forte capacité à inspirer leurs équipes par la passion, le charisme et la loyauté. À l’inverse, près de deux-tiers des PDG non fondateurs peinent à susciter ce même niveau d’adhésion.
Dès lors, la succession devient un exercice délicat. Il est important pour le successeur de bénéficier de la légitimité acquise du fondateur pour construire la sienne. C’est ce qui a fait la force des héritiers à succès comme Tim Cook chez Apple ou encore Satya Nadella chez Microsoft.
Un autre argument logique est le fait que les fondateurs se préoccupent davantage de leur vision à long terme que des enjeux court termiste. Un fondateur est davantage drivé par sa passion et son engagement. Non pas que les PDG embauchés ne le soient pas, mais d’autres facteurs rentrent en compte pour eux. Alors quand les noises arrivent à cause de résultats à court terme décevants, ils sont plus enclins à prendre des décisions en contradiction avec ce qui serait optimal sur la durée.
A partir de la légitimité, un concept lié est le pardon. Les faux pas, les mensonges et les controverses leur sont pardonnés bien plus facilement.
Vous avez sûrement des exemples en tête mais à défaut, l’exemple du scandale Cambridge Analytica, qui a éclaboussé Facebook en 2018, illustre bien ce phénomène. Malgré l’ampleur de la crise, la figure de Mark Zuckerberg est restée centrale et acceptée par les actionnaires.
Ainsi, inconsciemment ou pas, le PDG-fondateur prend plus facilement des décisions impopulaires. De l’autre côté, on peut avoir des PDG plus frileux, qui peuvent faire appel à des cabinets de conseil pour légitimer une décision qu’ils savaient déjà judicieuse.
Les concernés
Parmi les 24 entreprises du Fortune 500 encore dirigées par leur fondateur, on retrouve 12 entreprises technologiques : Nvidia, Meta, Dell, Tesla, Salesforce, Coupang, Block, Super Micro Computer, Carvana, Wayfair, Airbnb et DoorDash.
On y recense également 11 entreprises non-technologiques : Capital One, Penske, Apollo, BlackRock, Steel Dynamics, Regeneron, Prologis, Sanmina, Monster Beverage, Intercontinental Exchange et Blackstone. Enfin, Skechers est la seule entreprise du lot qui n’est pas publique, puisqu’elle a été rachetée en mai de cette année.
Alors si on s’amuse à comparer la performance de ces entreprises avec celle du Nasdaq et du S&P 500, sur l’année 2025 et sur les cinq années écoulées : les surperformances sont encore démontrées.
Sur l’année 2025, les entreprises technologiques dirigées par leur fondateur affichent une surperformance d’environ 5,4% par rapport au Nasdaq, bien aidée par la forme olympique de Carvana (+116%) et Wayfair (+127%) cette année.
Pour les non-technologiques, la surperformance avec le S&P 500 est légèrement supérieure à 8%.
Sur cinq ans maintenant, le groupe technologique surperforme le Nasdaq très largement, à hauteur de 118,7% environ. Le groupe non-tech surpasse le S&P d’environ 70%.
Voilà la fin d’un article dont l’objectif était surtout de rappeler que non, le management aux commandes n’est pas un détail. Et oui, il peut constituer une part significative de la conviction que l’on accorde à un titre. Enfin, bien qu’un bon management n’emmène pas n’importe quel produit ou service sur la lune, il est toujours bon d'intégrer ce facteur à ses critères d’investissement.

















