2/3 : un dividende n’a jamais enrichi un actionnaire

N’en déplaise aux pourfendeurs des politiques de distribution, le dividende n’est en rien un cadeau fait à l’actionnaire et n’a jamais enrichi son bénéficiaire.

Le premier volet de notre série a montré que la valeur de l’action est le reflet de ce que possède l’entreprise (dont sa trésorerie). Que se passe-t-il alors quand une entreprise verse un dividende ?

Etes-vous plus riche quand vous retirez au distributeur ?

Avant de parler de dividende, faisons un détour par les distributeurs de billets (DAB). Si vous retirez 50 euros, vous avez immédiatement plus de liquidités sur vous. Mais vous êtes-vous pour autant enrichi ? Evidemment non.

En retirant, vous avez simplement transféré de l’argent depuis votre compte vers votre poche. Cet argent retiré vous appartenait déjà et votre patrimoine global n’a pas évolué.

Le mécanisme à l’œuvre est le même lorsque vous percevez un dividende.

Une valeur de l’action ajustée à la baisse

Lorsqu’une entreprise distribue des dividendes, elle consomme de la trésorerie et fait mécaniquement baisser d’autant sa valeur. Autrement dit, si un dividende est payé, la valeur de l’action baisse dans les mêmes proportions.

Prenons l’exemple simple d’une société ayant une valeur d’entreprise de 80 000 euros et disposant de 20 000 euros de trésorerie. Le capital de cette entreprise vaut donc 100 000 euros. S’il est divisé en 1 000 actions, chacune d’entre elles vaut 100 euros. L’entreprise décide de verser un dividende de 10 euros par action, soit 10 000 euros au total. Après l’opération, l’entreprise n’aura plus que 10 000 euros de cash et verra donc sa valorisation baisser à 90 000 euros, soit 90 euros par action.

In fine, l’actionnaire qui détenait une action à 100 euros aura obtenu 10 euros en cash et conservera une action ne valant plus que 90 euros. Son patrimoine vaudra toujours 100 euros.

Le versement d’un dividende aura simplement monétisé une valeur qu’il possédait déjà au travers de son action.

La notion de coupon

Autrefois, on parlait de coupon pour évoquer le dividende. La raison en était simple.

Lorsque les actions étaient encore matérialisées sur du papier imprimé, le dividende était en effet symbolisé par des petits coupons détachables (à la manière d’un timbre). A chaque période de paiement, il suffisait à l’actionnaire de remettre un coupon en échange du paiement de son dividende. On parlait d’ailleurs de détachement de coupon.

D’un point de vue visuel, l’encaissement des dividendes venait donc au fil du temps diminuer la taille de l’action (reflet de sa valeur).

Si cet aspect visuel de l’action qui fond au fur et à mesure du paiement des dividendes n’existe plus aujourd’hui (dématérialisation oblige), ce principe reste parfaitement vrai du point de vue économique et on parle d’ailleurs de cours avant ou après versement du dividende.

Bien entendu, en Bourse les ajustements ne sont pas toujours parfait. Cela tient au fait qu’entre le paiement du dividende et la cotation suivante, une multitude d’autres facteurs (spécifiques ou macroéconomiques) peuvent influencer l’évolution du cours.

Mais alors comment l’actionnaire s’enrichit-il ?

L’enrichissement de l’actionnaire au sens patrimonial ne provient pas de ses dividendes mais de l’évolution du prix des actions qu’il possède, par exemple lorsqu’une entreprise augmente son résultat ou améliore ses perspectives.

C’est l’augmentation de la valeur de l’action dans le temps qui enrichit l’actionnaire. Peu importe ensuite que cette valeur soit distribuée ou non sous forme de dividende.

De manière paradoxale, un excès de dividende peut même être un élément défavorable à l’actionnaire. C’est ce que montrera le troisième volet de notre série. 

Les trois épisodes de notre série sur les dividendes :