3/3 : quand les gros dividendes pénalisent l’actionnaire

Le dividende n’est pas une source d’enrichissement. C’est ce que s’est attaché à prouver le deuxième volet de notre série. Aujourd’hui, nous allons voir que le dividende peut même devenir un faux ami pour l’actionnaire.

Une restitution de cash synonyme d’aveu de faiblesse

Une entreprise lève du capital auprès de ses actionnaires pour financer des projets avec pour objectif de faire fructifier ce capital. Or une grosse politique de distribution peut révéler une absence de projets par rapport aux capitaux confiés.

Imaginons une entreprise A affichant une rentabilité de 5% par an et ne distribuant pas de dividende (afin de pouvoir réinvestir). Toutes choses égales par ailleurs, la valeur des actions va suivre la même pente et progresser de 5% chaque année. Au bout de 10 ans, une action qui valait initialement 100 euros vaudra 162,89 euros.

Prenons maintenant le cas d’une entreprise B avec la même rentabilité mais distribuant chaque année ses résultats (5 euros pour une action de 100 euros). Précautionneux, l’actionnaire place ses dividendes sur un livret à 1%. Au bout de 10 ans, il aura une action valant toujours 100 euros et aura perçu en plus 50 euros de dividendes et 2,31 euros d’intérêts cumulés. En tout, il aura donc 152,31 euros, soit bien moins que l’actionnaire de l’entreprise A.

Percevoir des dividendes peut à première vue être une bonne nouvelle. Mais cela soulève alors une question. L’argent est-il mieux placé dans l’entreprise ou en dehors ?

C’est là le dilemme essentiel auquel doit faire face un actionnaire. Dans une optique de maximisation du patrimoine, vaut-il mieux laisser son argent au sein de l’entreprise ou vaut-il mieux le récupérer de manière étalée sous forme de dividende ?

Vouloir reprendre une partie de son investissement sous forme de dividende suppose d’être capable de le replacer ailleurs à de meilleures conditions (ou à de moins mauvaises conditions si l’on doute de l’avenir de l’entreprise). Dans le cas contraire, la stratégie privilégiant le dividende ne sera pas la meilleure au plan patrimonial.

Une qualification fiscale pénalisante

La fiscalité peut aussi être défavorable au dividende et aboutir à une situation paradoxale. Ce dernier est en effet assimilé à un gain taxable et non à une restitution du capital investi. Ce qui est loin d’être neutre.

Supposez que vous investissiez 100 euros pour une action dans une société qui dispose de plusieurs projets (une sorte de spac). Quelques temps plus tard, certains  de ces projets sont mis entre parenthèses et l’entreprise décide de rendre sous forme de dividende (30 euros par action) une partie du cash qui lui a été confié.

Théoriquement, l’opération est neutre. A un détail près. Le PFU de 31,4% va amputer le dividende reçu. Vous percevrez 20,58 euros de dividende net au lieu de 30 euros et votre patrimoine résiduel ne sera plus que de 90,58 euros (70 euros en action et 20,58 euros en cash).

Certes, vous pourrez en théorie déduire votre moins-value en cas de revente de votre action pour 70 euros (et aboutir à une neutralité fiscale). Mais cette déduction ne sera possible que si vous avez par ailleurs des plus-values pour l’absorber.

Loin de vous avoir enrichi, le dividende vous aura appauvri alors qu’une simple revente de votre action au préalable pour 100 euros aurait été neutre comptablement (aucune plus-value n’étant constatée).

Le dividende ne fait donc pas toujours la fortune de l’actionnaire…

Les trois épisodes de notre série sur les dividendes :