Vous pensiez que les droits de douane étaient une histoire de 2025 ? Les deux premières semaines de janvier ont déjà douché ces espoirs. D’abord, parce que les investisseurs surveillent comme le lait sur le feu la décision de la Cour suprême sur les droits de douane réciproques.

Et désormais, parce que Donald Trump utilise à nouveau les droits de douane comme outil diplomatique. Au cours du week-end, il a menacé huit pays européens ayant déployé des soldats au Groenland de droits de douane de 10% à partir du 1er février. Ces tariffs passeront ensuite à 25% au 1er juin. Et ce jusqu’à l’acquisition du Groenland par les Etats-Unis.

Au cours des derniers mois, les marchés se sont habitués aux menaces de Donald Trump. Les réactions de marché sont d’ailleurs assez mesurées en ce début de semaine. Tout le monde joue un peu le "TACO trade", l’idée que Donald Trump recule toujours après ses menaces initiales, qui sont davantage une tactique de négociation.

Une stratégie qui montre peut-être ses limites. D’abord, parce que cette fois-ci l’Europe ne semble pas prête à se coucher immédiatement, et que plusieurs pays ont montré que l’on pouvait tenir tête à Donald Trump au cours des derniers mois. Et ensuite, parce que tout cela a des conséquences pour les Américains, à quelques mois des midterms.

L’Europe répond

En juillet, l’Europe avait cédé au chantage de Donald Trump et accepté 15% de droits de douane sur les produits européens. La présidente de la Commission européenne avait d’ailleurs été très critiquée dans cette séquence.

Cette fois, les Européens ont choisi de répondre. D’abord avec la menace de droits de douane sur 93 milliards de dollars de produits américains. Une mesure adoptée l’été dernier alors que les négociations commerciales entre Washington et Bruxelles patinaient. La Commission européenne avait finalement mis cette mesure sur pause, après la conclusion d’un accord fin juillet, en Ecosse, entre Ursula Von der Leyen et Donald Trump.

L’autre option évoquée est "l’instrument anti-coercition" (ACI), mis en place en 2023 et jamais utilisé depuis. Ce "bazooka" permet notamment de limiter les importations ou l’accès à certains marchés publics. La France pousse pour utiliser cet instrument.

L’été dernier, les européens avaient préféré signer un accord déséquilibré qui garantisse un environnement stable et prévisible pour leurs entreprises.

Un argument qui ne tient plus désormais. Si vous cédez à tous les chantages, et que vous êtes contraint de revenir sur les accords précédents, vous remettez en cause cette stabilité. C’est pourquoi les milieux économiques sont plutôt alignés avec les dirigeants européens dans l’idée qu’il ne faut maintenant pas se coucher.

Au cours des derniers mois, plusieurs pays ont aussi choisi de tenir tête à Donald Trump, et de jouer le rapport de force : l’Inde, le Brésil, la Chine. Encore faut-il avoir les moyens de résister.

Au-delà des mesures précédemment citées, l’Europe a des cartes en main. "L’Europe a le Groenland, et a aussi beaucoup de Treasuries", note ainsi le stratégiste de Deutsche Bank, George Saravelos, qui estime que les Européens détiennent directement 8 000 milliards de dollars d’actifs américains – plusieurs chiffres circulent ces derniers jours, selon le périmètre considéré.

Pour sortir par le haut de cette séquence, le plus important dans ce bras de fer est sans doute de ne pas paraitre faible. "Les Européens projettent de la faiblesse, les Etats-Unis projettent de la force", commentait dimanche sur NBC le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Des commentaires faisant directement écho à ceux de Donald Trump à propos de ses homologues européens. "Je pense qu’ils sont faibles", déclarait-il à Politico en décembre dernier.

Les Américains paient la facture

L’autre limite de l’agressivité tarifaire de Donald Trump, ce sont les Américains. Ils sont massivement opposés à la prise de contrôle du Groenland. Et plus généralement, ils aimeraient que leur président passe moins de temps sur les dossiers internationaux et s’occupe davantage de leurs problèmes.

Au premier rang de leur préoccupation, il y a le coût de la vie - l’affordability. Or, les droits de douane sont une taxe pour les Américains.

Une étude publiée lundi par le Kiel Institute, un think-tank allemand, montre que ce sont les Américains qui absorbent la quasi-totalité du surcout des droits de douane. Les chercheurs de l’institut allemand concluent que les consommateurs et les importateurs américains prennent à leur charge 96% des droits de douane, contre seulement 4% pour les entreprises exportatrices.

Au cours des derniers mois, la crainte d’une envolée de l’inflation liée aux droits de douane ne s’est pas matérialisée, tandis que la croissance a plutôt bien résisté. Il est probable que la hausse des prix à la consommation mette plus de temps à se matérialiser.

L’enjeu de prendre des mesures qui favorisent le pouvoir d’achat des Américains pousse aussi Donald Trump à revenir en arrière, ou à accorder des exemptions, dans un second temps. Ce fut par exemple le cas avec le Brésil. Après avoir monté les droits de douane à 50% en août, plusieurs produits ont finalement été exemptés de la surtaxe de 40% (bœuf, café vert, cacao, fruits).

Les Républicains abordent la campagne des midterms avec des sondages plutôt défavorables et donc le risque de perdre la majorité au Congrès. Donald Trump devra en tenir compte dans ses envolées tarifaires.