Le président américain Donald Trump a relativisé l'importance potentielle des prêts immobiliers sur 50 ans, présentés comme une solution pour rendre l'accession à la propriété plus abordable que les prêts classiques sur 30 ans. Cette proposition suscite toutefois la réticence de certains de ses partisans, qui soulignent que les emprunteurs paieraient davantage d'intérêts et mettraient plus de temps à constituer leur capital.

« Tout ce que ça signifie, c'est que vous payez moins chaque mois. Vous remboursez sur une période plus longue. Ce n'est pas un facteur déterminant. Ça pourrait aider un peu », a déclaré Donald Trump lundi lors de l'émission « The Ingraham Angle » sur Fox News, imputant les difficultés d'accès à la propriété à son prédécesseur démocrate Joe Biden et à la politique de taux d'intérêt de la Réserve fédérale.

Des parlementaires conservateurs, des influenceurs du mouvement « Make America Great Again » et des économistes ont émis des réserves sur cette idée, soulignant qu'elle retarderait l'accès effectif à la propriété. Certains analystes estiment toutefois qu'elle pourrait profiter à certains investisseurs.

Ce week-end sur X, la représentante républicaine Marjorie Taylor Greene a réagi : « Endetté à jamais, endetté à vie ! », tandis que l'activiste de droite Mike Cernovich a commenté : « Prêts à vie ».

L'accès au logement, un enjeu crucial

Samedi, Bill Pulte, directeur de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), a indiqué que l'agence travaillait sur un prêt immobilier sur 50 ans, après que Donald Trump, républicain, eut publié sur les réseaux sociaux une image de lui sous le titre « Prêt sur 50 ans ».

« Un véritable bouleversement », a commenté Pulte sur X.

« Nous travaillons aussi sur des solutions pour soulager les prêts sur 5, 10 et 15 ans », a-t-il ajouté dimanche, sans donner de détails, précisant que l'agence étudiait les prêts « assumables ou portables ».

La FHFA n'a pas répondu aux sollicitations des médias.

« Tout le monde travaille ensemble pour mettre en oeuvre les politiques du président », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Davis Ingle, ajoutant que toute évolution serait annoncée par la Maison Blanche.

Les ménages américains font face à une augmentation du coût de la vie, même si l'inflation progresse moins rapidement. Les prix étaient au centre des élections de la semaine dernière, remportées par les démocrates, alors que Donald Trump renforce son agenda économique.

« Je ne crois pas qu'ils disent cela. Je pense que les sondages sont truqués. Nous avons la meilleure économie de notre histoire », a affirmé Trump lundi sur Fox News.

L'accès au logement pourrait rester difficile pour de nombreux acheteurs potentiels, les prix restant en moyenne près de 60 % supérieurs à leur niveau d'avant la pandémie de COVID-19.

Si les ventes de logements ont augmenté en septembre, les ventes en attente sont restées stables, malgré une baisse des taux hypothécaires consécutive à la réduction des taux directeurs par la Fed le mois dernier.

Malgré ces taux plus bas, le marché immobilier reste atone, l'age moyen d'un primo-accédant ayant atteint 38 ans l'an dernier, un record, bien au-dessus de la fin de la vingtaine observée dans les années 1980.

« Agir sur l'offre »

Donald Trump a appelé à des baisses de taux plus drastiques de la part de la Fed. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a imputé les difficultés du secteur à la politique actuelle de taux, évoquant une possible récession immobilière, tandis que le conseiller économique de la Maison Blanche, Kevin Hassett, a réaffirmé mardi que les prix du logement restaient une priorité.

Selon des sources proches du dossier, le président américain pourrait aborder la question du logement et de l'accessibilité dans un prochain décret.

Le taux moyen des prêts sur 30 ans à taux fixe est tombé à 6,19 % en un an, après avoir culminé à 7,04 % en janvier, selon Freddie Mac.

« On ne sait pas dans quelle mesure cela pourrait faire baisser la mensualité, car on ignore à quoi ressemblerait le taux d'intérêt par rapport à un prêt sur 30 ans », a réagi Daryl Fairweather, économiste en chef chez Redfin, sur X. « Une solution plus efficace sur le long terme serait d'agir sur l'offre ».

Les analystes de TD Securities ont indiqué lundi aux investisseurs que la mise en place d'un prêt sur 50 ans pourrait prendre au moins un an et « ne fonctionner que s'il y a une augmentation corrélative de l'offre de logements », ce qui suppose une baisse des coûts de construction.

En augmentant la demande, de tels prêts pourraient aussi faire grimper les prix, éloignant davantage l'accession à la propriété pour certains acheteurs.

Marjorie Taylor Greene, élue de Géorgie, a aussi estimé que davantage de mesures pourraient être prises pour permettre aux locataires d'accéder au crédit immobilier.

Côté entreprises, les analystes de BTIG estiment que les prêts sur 50 ans pourraient bénéficier à des groupes comme Ellington Financial, United Wholesale et Rocket Companies, propriétaire de Redfin.