Avec Donald Trump, les semaines paraissent des mois. Prenons le Groenland. En moins d’une semaine, nous sommes passés des menaces de relance de guerre commerciale et d’utilisation de la force contre un allié de l’OTAN, à une désescalade presque inattendue grâce à un accord entre le président américain et le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Le fameux framework dont personne ne sait réellement ce qu’il y a derrière.

Mais il y a un dossier sur lequel nous en sommes toujours au même point depuis des semaines, si ce n’est des mois : la nomination du prochain président de la Fed. "Je vous le dirai bientôt", indiquait hier Donald Trump à bord d'Air Force One. "J'ai quelqu'un en tête que je pense être très compétent, mais je ne vais pas le révéler pour l'instant."

Depuis plusieurs semaines, tous les commentaires du président américain vont dans le même sens : il a fait son choix et l’annonce est imminente. Alors pourquoi ce feuilleton s’étire t’il autant ? Sans doute parce qu’il n’est pas aussi sûr de lui qu’il veut bien le dire. Il a compris qu’une fois qu’il aura jeté son dévolu sur quelqu’un, il n’aura plus les cartes en main.

Lui-même a déjà formulé cette inquiétude à plusieurs reprises, et encore mercredi dans son discours à Davos. "Tous les candidats que j'ai rencontrés étaient formidables. Je pense qu'ils seraient tous capables de faire un travail fantastique. Le problème, c'est qu'une fois embauchés, ils changent d'attitude. (…) C'est incroyable comme les gens changent une fois en poste."

Il peut tout faire… sauf fixer les taux de la Fed

Ce que veut éviter Donald Trump, c’est de refaire la même "erreur" qu’en 2017. Car à l’époque, c’est lui qui avait nommé Jerome Powell à la tête de la Fed. Un choix qu’il a ensuite regretté et beaucoup reproché à son Secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin. C’est d’ailleurs avec ce précédent à l’esprit que Scott Bessent évite de trop s’engager dans cette affaire.

Au fond de lui, Donald Trump sait que la Fed est indépendante, que leurs présidents agissent davantage pour remplir leur mandat – la stabilité des prix et l’emploi maximum – que pour faire plaisir à celui qui les a nommé. C’est comme cela que l’institution a été pensée et l’indépendance d’une banque centrale est aussi la meilleure garantie d’une inflation sous contrôle.

Une indépendance que l’affaire Lisa Cook devrait renforcer. Cette semaine, les juges de la Cour suprême tenaient une audience pour examiner la légalité du licenciement de cette gouverneure de la Fed par Donald Trump en août dernier.

Il faudra encore attendre plusieurs semaines avant le jugement, mais une issue favorable semble se dessiner pour Lisa Cook. Un pouvoir de révocation étendu et sans contrôle "affaiblirait, voire anéantirait, l'indépendance de la Réserve fédérale", a averti le juge Kavanaugh – pourtant nommé par Trump en 2018. Il semble craindre qu’autoriser un président à révoquer à sa guise un gouverneur de la Fed n’aboutisse in fine à une sorte de spoils system (le remplacement de tous les hauts fonctionnaires lorsqu’un président arrive à la Maison Blanche).

Depuis le début de son second mandat, Donald Trump repousse les limites du pouvoir présidentiel. Dans cette quête, il a également tenté de reprendre en main la Fed, mais sans succès jusqu’ici. Lui qui dès son premier mandat revendiquait pouvoir "faire ce qu’il veut en tant que président" va devoir s’y résoudre : ce n’est pas lui qui fixe le niveau des taux de la Fed.

Choix contraint

Donald Trump n’aura donc pas la main sur le prochain président de la Fed. Ce constat est d’autant plus vrai qu’il ne peut pas vraiment nommer qui il veut. En théorie, il peut. Mais en pratique, il faut quelqu’un qui soit ensuite confirmé par le Sénat, où la majorité républicaine est courte. Et aussi une personnalité acceptable pour les marchés. Dans le cas contraire, nous aurions une envolée des taux américains.

C’est pour cela que nommer un de ses proches parait désormais peu probable. Si Kevin Hassett a fait figure de favoris pendant plusieurs mois, il semble maintenant hors-jeu. Donald Trump a indiqué la semaine dernière qu’il voulait le garder à la Maison Blanche. Et surtout, les élus Républicains sont peu enclins à voter la confirmation de quelqu’un qui serait trop aligné sur Donald Trump.

C’est d’autant plus vrai depuis les menaces d’inculpations de Jerome Powell. Deux sénateurs républicains ont ainsi menacé de ne voter aucune confirmation tant que cette affaire ne serait pas résolue. Kevin Hassett avait également suscité la défiance des investisseurs obligataires, comme le rapportait le Financial Times, fin novembre.

Les trois autres candidats encore en lice – le gouverneur Christopher Waller, l’ancien gouverneur Kevin Warsh et le directeur de la gestion obligataire de Blackrock, Rick Rieder - n’ont quant à eux pas de lien personnel avec Donald Trump.

Si tout le monde s’attendait à une annonce au mois de janvier, c’est aussi parce que le mandat de gouverneur de Stephan Miran prend fin le 31 janvier. Donald Trump devrait ainsi utiliser ce siège pour y placer le futur président de la Fed. Toutefois, Miran restera en poste jusqu’à ce qu’un successeur soit nommé par Donald Trump, puis confirmé par le Sénat.