Autrefois considéré comme défensif, le secteur des grands assureurs santé américains s’est longtemps appuyé sur une croissance constante des financements publics et une base d’adhérents plus large d’année en année, notamment via les réformes sous Bush, Obama, Trump (premier mandat), puis Biden. Mais les acteurs subissent désormais de plein fouet l’explosion des coûts médicaux, les contraintes tarifaires et la désaffection des investisseurs après les différents scandales comme l'enquête sur les pratiques de facturation de programmes d’assurance et l’assassinat de Brian Thompson, le PDG de la branche UnitedHealthcare du leader du marché, qui est venu faire évoluer les réflexions sur la pertinence du fonctionnement du système de santé. De plus, le Congrès vient de voter un plan de réduction de près de 1 000 MdsUSD sur Medicaid sur dix ans. Les subventions exceptionnelles des aides de l’ACA (des subventions fédérales qui réduisent le coût des assurances santé, via des crédits d’impôt et des baisses de reste à charge pour les ménages modestes) instaurées pendant la pandémie prendront fin en 2026. De nouvelles exigences (comme les obligations de travail pour Medicaid, promues par l’administration Trump) pourraient réduire encore l’éligibilité des bénéficiaires.
Elevance Health s’ajoute donc à la liste des acteurs qui verront leur trajectoire de croissance abîmée cette année. Les investisseurs avaient anticipé des difficultés comme en témoigne l’effondrement de 35% du titre entre les plus hauts de l’été 2024 et le début de cette semaine. Mais la copie rendue est nettement moins bonne que prévu. Les perspectives sont désormais bien plus incertaines et les investisseurs commencent à s’adapter à une nouvelle réalité : celle de la fin de la croissance facile largement soutenue par l’État fédéral.
Elevance a publié un bénéfice ajusté par action de 8,8 $ au T2 contre 10,3 $ sur la même période l’an passé. Les revenus atteignent 49,8 Mds$ contre 43,9 Mds$ un an plus tôt. C’est mieux que ce que prévoyait le consensus.
Mais c’est surtout la révision des perspectives annuelles qui concentre l’attention : le BPA ajusté pour 2025 est désormais attendu autour de 30 $ contre une fourchette 34,15 – 34,85 $ précédemment. Ce niveau serait le plus faible depuis 2022 malgré une progression des revenus. Elevance évoque également une possible accélération des soins au T4, juste avant l’expiration des aides ACA, ce qui pourrait accentuer la pression sur les marges. La stratégie à plus long terme consiste à augmenter les prix des contrats dès 2026. Mais c’est un peu comme une bouteille jetée à la mer pour restaurer les marges car les volumes ne devraient pas remonter.
Quatre années consécutives sans croissance du profit par action (source : Zonebourse)

Le secteur est désormais confronté à des sorties massives d’adhérents, à des remboursements sous pression, et à une volatilité réglementaire jamais vue depuis deux décennies. Tous les acteurs sont touchés. La valorisation du secteur a logiquement été pénalisée. Depuis avril, plus de 300 Mds$ de capitalisation ont été effacés. L’assurance santé est actuellement le secteur le plus délaissé de Wall Street. Et à juste titre car la visibilité n’a probablement jamais été aussi faible. Alors, est-ce la fin d’un cycle ou un gros passage à vide temporaire lié à des arbitrages politiques, des contraintes budgétaires et des tensions structurelles sur les coûts ? Impossible de le savoir pour le moment.
Elevance Health a perdu 12,2% hier et perd encore plus de 5% sur la séance d’aujourd’hui à New York.




















