Les discussions entre les deux dirigeants, organisées sur une base militaire de Busan, une ville portuaire du sud du pays, ont duré un peu moins de deux heures.
Pour Donald Trump, la rencontre avec Xi Jinping était la dernière étape (pour ne pas dire le point d’orgue) d’une tournée diplomatique en Asie entamée ce week-end. Les deux dirigeants ne s’étaient plus rencontrés depuis 2019. Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, ils ne s’étaient entretenus qu’une fois au téléphone, le 19 septembre. Un appel qui avait notamment pour but de finaliser un accord sur la cession des activités américaines de TikTok.
Une trêve entérinée
Depuis, la tension était remontée d’un cran avec l’annonce par Pékin, début octobre, de la mise en place de nouveaux contrôles sur les exportations de terres rares. Donald Trump avait répliqué en menaçant d’imposer 100 % de droits de douane additionnels à compter du 1er novembre.
Finalement, la désescalade a été amorcée au cours du week-end, lors d’une rencontre entre négociateurs chinois et américains en Malaise. Depuis, des signes d’apaisement sont déjà visibles. Ainsi, l’entreprise chinoise Cofco a annoncé hier l’achat de trois cargaisons de soja américains. Et ce alors que la Chine, plus important acheteur de soja américain, n’avait passé aucune commande cette année.
Aujourd’hui, Américains et Chinois se sont entendus sur quelques mesures. Pékin a accepté de suspendre pendant un an ses contrôles sur les exportations de terres rares annoncés plus tôt ce mois-ci, et de reprendre les achats de soja américain. Washington, de son côté, renonce à un élargissement de la liste noire d’entreprises chinoises avec lesquelles les groupes américains ne peuvent pas commercer.
Les Etats-Unis ont aussi décidé de réduire de 20% à 10% les droits de douane imposés dans le cadre de la lutte contre le fentanyl, la Chine s'engageant à prendre des mesures pour lutter contre l’exportation des précurseurs avec lesquels les cartels mexicains fabriquent cette drogue de synthèse. Cela ramène les droits de douane américains sur les produits chinois de 57 à 47%.
Dernier élément de cette phase de réchauffement des relations sino-américaines : Donald Trump a indiqué qu’il se rendrait en Chine en avril prochain, avant de recevoir Xi Jinping aux Etats-Unis.
Les irritants mis de côté
Si la rencontre de Busan a permis d’acter une désescalade, beaucoup de sujets de frictions ont été laissés de côté. A commencer par les semi-conducteurs, sur lesquels les Etats-Unis imposent depuis 2022 des restrictions d’exportations. Plus tôt cette semaine, Donald Trump, avait laissé entendre qu'il pourrait évoquer les puces Blackwell de Nvidia (les plus avancées) avec Xi Jinping. A bord d’Air Force one, après la rencontre, il a indiqué que le sujet n'avait finalement pas été abordé.
Sur les semi-conducteurs, les Etats-Unis semblent toujours être hésitants entre deux lignes. D’un côté, il faut empêcher la Chine d’accéder aux technologies de pointe (qui peuvent notamment être utilisées par l’armée chinoise), c’est un enjeu de sécurité nationale. C’est plutôt l’approche qui était en vigueur sous Joe Biden.
En face, il y a une ligne, poussée notamment par les patrons de la tech (le CEO de Nvidia, Jensen Huang, en tête), consistant à dire : le meilleur moyen de contrer la Chine est de la rendre addicte à nos technologies ; plutôt que de pousser la Chine à investir pour développer ses propres puces, il faut autoriser les exportations pour que les standards américains s’imposent. Les différents allers-retours de l’administration Trump sur le sujet montrent que ce débat n’est pas complétement tranché.
Donald Trump et Xi Jinping ne se sont pas non plus attardés sur les enjeux internationaux. La question des achats de pétrole russe par la Chine n’a pas été abordé. Et ce alors que le président américain a imposé pour la première fois des sanctions sur le pétrole russe la semaine dernière.
La question de Taiwan n’a pas non plus été au menu des discussions. Fin septembre, le Wall Street Journal rapportait que Pékin voulait que Washington s’oppose clairement à l’indépendance de Taiwan, alors que la position officielle consiste actuellement à dire que les Etats-Unis "ne soutiennent" pas l’indépendance.
Ce week-end, le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, avait fermé cette porte en indiquant que les Etats-Unis ne concluraient pas d’accord commercial avec la Chine en échange de concessions sur Taiwan.


















