Le lunetier a profité de son statut de pionnier sur le segment des lunettes dotées d'intelligence artificielle. Au cours des derniers trimestres, les ventes des lunettes connectées Ray-Ban, développées en partenariat avec Meta, ont soutenu la croissance du groupe.
Toutefois, le titre a dévissé de plus de 30% depuis son record historique de novembre dernier. Selon trois investisseurs, ce repli s'explique par les inquiétudes entourant la profitabilité d'EssilorLuxottica et la perspective de l'arrivée de nouveaux concurrents sur le marché des "smart glasses".
Les lunettes connectées Ray-Ban Meta s'avèrent moins rentables que les produits d'optique traditionnels du groupe et feraient l'objet de discussions avec Meta pour définir les stratégies commerciales et tarifaires, précisent ces investisseurs. EssilorLuxottica a récemment affirmé que son partenariat avec Meta était plus solide que jamais.
Le lunetier, qui publiera son chiffre d'affaires du premier trimestre mercredi, a vu sa capitalisation boursière fondre à 100 milliards d'euros à la clôture de vendredi, contre 149 milliards d'euros en novembre dernier.
"Deux raisons expliquent la chute de l'action. Premièrement, l'arrivée de concurrents américains sur le segment des lunettes connectées", explique Fabio Caldato, gérant de portefeuille chez AcomeA SGR. "Deuxièmement, il y a eu un ajustement des multiples de valorisation. La prime par rapport aux concurrents subsiste et se justifie, mais elle a pu être excessive par le passé."
Google devrait lancer ses propres lunettes connectées cette année, tandis qu'Apple travaille à la commercialisation prochaine de ses propres produits.
CROISSANCE DES REVENUS
Le résultat opérationnel d'EssilorLuxottica a progressé pour atteindre 4,46 milliards d'euros l'an dernier, contre 4,41 milliards d'euros en 2024, mais sa marge opérationnelle ajustée s'est établie à 16%, restant en deçà de l'objectif de 19 à 20% fixé par le groupe pour la fin de la période 2022-2026.
Les lunettes dopées à l'IA, lancées en 2021, ne représentent actuellement qu'une fraction du chiffre d'affaires global, mais elles ont contribué à hauteur de plus de quatre points de pourcentage à la croissance de 11,7% enregistrée au troisième trimestre de l'année dernière.
Selon M. Caldato, une fois que les lunettes connectées auront atteint une taille critique, les marges s'amélioreront. Il ajoute qu'EssilorLuxottica peut également s'appuyer sur la puissance de son réseau de distribution mondial, fort de milliers de points de vente.
Au-delà des lunettes connectées, EssilorLuxottica investit le secteur des technologies médicales avec des produits tels que les lunettes Nuance Audio, équipées d'aides auditives intégrées. Le groupe a également réalisé ces dernières années plusieurs petites acquisitions de sociétés développant des instruments de diagnostic visuel.
"S'orienter vers des produits à plus forte intensité technologique aide l'entreprise à rester compétitive et à se prémunir contre la future concurrence chinoise dans les montures et les verres", souligne M. Caldato.
Le consensus Visible Alpha table pour mercredi sur un chiffre d'affaires au premier trimestre de 7,132 milliards d'euros, en hausse de 4% sur un an.
En février, le groupe d'optique a déclaré qu'il prévoyait, en moyenne, sur les cinq prochaines années, une "solide croissance du chiffre d'affaires total et une progression globalement alignée du résultat opérationnel ajusté", à taux de change constants.
"En substance, ils ont indiqué s'attendre à une stabilité des marges. Cela suggère que même si les volumes de lunettes connectées augmentent et que ces produits sont actuellement dilutifs pour les profits, cet effet est compensé par d'autres segments de l'activité plus relutifs", analyse Bassel Choughari, gérant de portefeuille chez Comgest.
M. Choughari estime que les lunettes connectées pourraient favoriser les ventes croisées de produits plus rentables, tels que les verres photochromiques - qui foncent automatiquement à l'exposition aux rayons ultraviolets (UV) - qu'EssilorLuxottica commercialise déjà.
"Les perspectives fournies par EssilorLuxottica (en février) se sont révélées plutôt rassurantes", conclut M. Choughari.
(1 $ = 0,8502 euro)


















