Herculéenne, la tâche l'est réellement pour l'équipementier aux prises avec trois grands défis stratégiques : la déprime profonde - et semble-t-il sans issue - du secteur automobile européen ; la viabilité de ses opérations en Chine, où il s'agit de travailler de concert avec les constructeurs qui y émergent, plutôt que de subir leur rouleau-compresseur ; ainsi que la gestion d'une dette colossale largement héritée de l'acquisition de Hella.

L'an dernier, l'équipementier jouait la confiance et promettait un levier financier ramené à x1.5 l'EBITDA — le profit d'exploitation avant dépréciations et amortissements — d'ici la fin de 2025. Cette échéance est finalement remise à 2026. Pour l'année en cours, il faudra composer avec un levier de 1.8x l'EBITDA ; encore ce dernier a-t-il été largement cosmétisé par toutes sortes d'ajustements.

Les neuf premiers mois de l'exercice fiscal 2025 ont vu les très modestes gains de croissance organique - inférieurs à 1% - consommés dans leur intégralité par un effet de change défavorable lié à la baisse du dollar. La bonne nouvelle est que le groupe surmonte le problème des droits de douane et se porte plutôt bien en Amérique du Nord ; la moins bonne nouvelle est qu'il patine en Chine, où ses ventes reculent malgré une production automobile en hausse dans l'empire du Milieu.

Les prochains mois devront absolument marquer une amélioration de la profitabilité, car Forvia affrontera en 2027 une échéance majeure de refinancement, avec 1,6 milliard d'euros de dette à long terme qui arrivent à maturité. Ceci, alors que sa structure du capital est aux quatre-cinquièmes composée d'endettement, avec seulement un cinquième de fonds propres.

A cet égard, tout recul du profit d'exploitation sera très sévèrement sanctionné par les investisseurs obligataires. D'autant que les trois grandes tranches de dette à maturités 2027 ont été obtenues à des taux d'intérêt défiant toute concurrence, dans un contexte autrement plus souple que celui d'aujourd'hui. Quoique réussies, les dernières émissions obligataires étaient déjà nettement moins clémentes.

Il y a donc fort à parier qu’à l’avenir le coût de la charge d'intérêt pèsera encore plus durement sur le profit avant impôts de l'équipementier. C'est ce qui explique la défiance extrême de la bourse, où Forvia est présentement valorisé à x3 l’EBITDA et à la moitié de ses capitaux propres. 

Les trois actionnaires de référence du groupe - les familles Hella, Agnelli et Peugeot, qui conjointement contrôlent 17% du capital - ne semblent d'ailleurs guère manifester d'empressement pour augmenter leurs participations à ces niveaux de cours.