Nicolas Ramé, pouvez-vous revenir sur l’histoire de votre groupe ?

" Notre activité d’immobilier d’entreprise a commencé lorsqu’au début des années 2000 mon père a racheté des bâtiments occupés par France Telecom. Il a financé l’opération en vendant des appartements qu’il détenait, attiré par la perspective de dégager une rentabilité locative à deux chiffres avec moins de locataires à gérer. A l’époque, les SCPI étaient peu présents en région et les acheteurs potentiels étaient peu nombreux. Quelques années plus tard, en 2008, la crise des subprime a généré des opportunités d’achat à bon compte de petites plateformes logistiques. Au milieu de la décennie suivante, ce sont les bâtiments d’activité, riches en foncier, qui nous ont offert de belles opportunités d’acquisition. A partir de 2017, nous avons commencé à construire des immeubles de bureaux en blanc en vue de les conserver, avec déjà une réflexion sur l’évolution des usages dans l’immobilier tertiaire. Nous avons alors créé une activité de coworking au sein même de nos immeubles de périphérie, avec des réussites commerciales croissantes grâce à une application mobile très efficace que nous avons entièrement développée en interne. Aujourd’hui, 25 000 de nos 330 000 m2 de bureaux sont loués de façon flexible via nos 23 centres B’CoWorker. Enfin, nous avons racheté en 2023 la société CIR Prefa, constructeur hors site de certains de nos immeubles. Il s’agit d’un mode de construction stratégique pour qui recherche avant tout à pouvoir répondre à une flexibilité des usages via des constructions sans poteau. "

Pourquoi avoir choisi la cotation en Bourse ? Comment comptez-vous faire vivre la cotation ?

" Pour nous, la Bourse est un moyen de conserver notre liberté d’entreprendre par-delà les modes et parfois même à contre-courant pour profiter des mutations des différents marchés. Notre cours d’introduction en Bourse, 17.5€, correspond à notre actif net assorti d’une décote de l’ordre de 15% observée chez nos comparables cotés, les foncières de rendement. Notre projet boursier est ambitieux : nous comptons créer de la liquidité, par l’intermédiaire d’un contrat de liquidité dans l’immédiat puis la mise en place d’une recherche sponsorisée, mais surtout en reclassant 20% du capital existant en 2026 et 2027. Plus tard, si la valorisation le permet, nous ferons appel au marché pour accélérer notre développement. Il s’agit de devenir une plateforme industrielle de l’immobilier au services des entreprises et des territoires, et je suis convaincu que nous saurons convaincre des investisseurs de nous suivre dans cette aventure qui se différencie des foncières classiques de bureaux ou des SCPI."

Quelle est la vision et la stratégie du Groupe sur ce marché de l’immobilier d’entreprise ? Comptez-vous adopter le statut de SIIC ?

" La transformation des usages dans l’immobilier de bureaux sera longue, car notre secteur est conservateur et s’inscrit dans le temps long, mais elle est en marche. Dans ce contexte, nous pouvons nous appuyer à la fois sur l’agilité de notre modèle intégré en amont (construction d’immeubles évolutifs) et en aval (commercialisation des surfaces), ainsi que sur notre proximité avec les usagers via nos agences régionales en charge de la maintenance et de la relation directe avec les locataires. Par ailleurs, notre frugalité en matière de gestion et de coût d’acquisition des immeubles nous permet de dégager une rentabilité satisfaisante malgré des coûts de financement et de construction peu favorables. La priorité aujourd’hui est d’acquérir et de faire construire des bureaux en périphérie de la plupart des villes desservies par un TGV. Rares sont les acteurs à prendre l’initiative en ce moment car le contexte est peu engageant, mais je suis convaincu que d’ici deux ans nous en sortirons gagnants grâce à nos investissements actuels dans des immeubles pérennes et flexibles, mais aussi dans le  marketing et le numérique. Quant au statut de SIIC, il convient plutôt aux sociétés de rendement alors que nous souhaitons réinvestir pour grandir en offrant de plus en plus de services et de flexibilité aux usagers. Nous sommes davantage des industriels de l’immobilier qu’une foncière d’immeubles de placement. "

Illustration de la navigation sur l’application B’Coworker

Quelle est votre vision et votre approche du marché du flex-office ? Pour quelle rentabilité ?

" La demande est réelle car elle répond à une évolution des usages, et l’offre en France est éclatée en 3500 centres. Le marché est plus mature à Paris, avec 5 à 10% du parc converti, contre 2% en région. La rentabilité est difficile à dégager à petite échelle, compte tenu des investissements nécessaires, mais à grande échelle et en considérant les effets sur l’ensemble de l’immeuble disposant d’une offre de coworking, la démarche est gagnante. Notre objectif est de passer de 23 à 50 sites en France en commençant par nos sites détenus en propre. "

Quelles sont les principales données financières du Groupe ? Quelle est votre politique d’endettement ?

" Notre principale filiale est notre foncière BMG, dont le patrimoine immobilier était constitué au 30 juin 2025 de 162 sites répartis sur l’ensemble du territoire national dont 153 sites en immeubles de placement valorisés 847 M€ et 9 sites en immeubles destinés à la vente pour 10 M€ de valorisation estimée. L’augmentation brutale des taux d’intérêts a eu pour conséquence directe la hausse des taux de capitalisation, se traduisant par une diminution de la valeur des actifs immobiliers en 2023 et 2024. Nous visons pour l’ensemble de l’exercice 2025 un loyer net annuel de 66,6 M€, en hausse de plus de 5% par rapport à 2024. Le taux de rendement du patrimoine en exploitation a été ramené à 7,8 %, pour un taux d’occupation actuel d’environ 95%. Le Groupe consolidé emploie 200 personnes, pour moitié dans la construction hors site et sur mesure CIR Prefa. Celle-ci a généré au premier semestre un chiffre d’affaires de 6.6 M€, dont 3.4 M€ en intra-groupe. Enfin, B’Coworker exploite uniquement des actifs de bureaux de la foncière et devrait générer 6 M€ de CA cette année. Le financement de nos actifs est essentiellement assuré par l’endettement, dont environ un cinquième sous forme de crédit-bail immobilier. Au 30 juin, l’endettement net du Groupe s’élevait à 422.3 M€ à comparer à une juste valeur de nos actifs de 857M€, ce qui fait ressortir un ratio d’endettement net (LTV) inférieur au seuil de 50% que nous nous fixons comme limite. "

Fayenceries de Sarreguemines : une longue histoire industrielle dont la famille Ramé souhaite pour l’instant conserver le nom, tout en ayant modernisé le logo