L'acheteur public de cacao du Ghana se trouve dans l'incapacité de rémunérer les planteurs après avoir accumulé une dette de 673 millions de cedis (60 millions de dollars), l'exposant désormais à une saisie d'actifs, a confié à Reuters une source interne proche du dossier.

La société Producer Buying Company (PBC) a l'obligation légale d'acheter le cacao à tout agriculteur en tant qu'acheteur de dernier ressort. En février dernier, le gouvernement s'est engagé à restaurer sa position de leader du secteur dans le pays.

Pourtant, trois mois plus tard, la PBC doit 24 millions de cedis aux producteurs pour plus de 9 000 sacs déjà livrés et manque de liquidités pour reprendre ses achats, a précisé la source.

Un consortium de banques ghanéennes, créancier à hauteur de 257 millions de cedis, a obtenu une décision de justice en mars pour procéder à la vente des actifs de l'entreprise, selon cette même source.

L'industrie du cacao au Ghana traverse une crise profonde, peinant à écouler les fèves et à rémunérer les planteurs cette année en raison de récoltes mondiales abondantes, de la baisse des cours et d'une contraction de la demande des chocolatiers.

Les difficultés de la PBC résultent également d'une perte de parts de marché : alors qu'elle contrôlait autrefois 30 % du marché intérieur, elle achète aujourd'hui moins de 5 % de la production nationale. Ses déboires risquent d'aggraver la précarité financière des petits exploitants ghanéens, dont des milliers n'ont pas été payés pour leurs livraisons depuis novembre 2025.

La source, s'exprimant sous couvert d'anonymat faute d'autorisation officielle, a indiqué que le COCOBOD n'avait toujours pas remboursé à la PBC 800 tonnes métriques de cacao livrées il y a plus de deux mois.

Dans le système ghanéen, la PBC et les autres sociétés d'achat agréées collectent le cacao auprès des planteurs pour le revendre au COCOBOD, le régulateur du marché, qui se charge ensuite de l'exportation vers les acheteurs internationaux.

Ni le ministère des Finances ni le COCOBOD n'ont répondu aux demandes de soutien formulées par la PBC, a ajouté la source.

Le ministère des Finances et le COCOBOD n'ont pas donné suite aux sollicitations de commentaires.

LE MINISTRE DES FINANCES S'ETAIT ENGAGE A SOUTENIR L'ENTREPRISE

Le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, avait déclaré en février que le redressement de la PBC était au coeur de la stratégie gouvernementale de soutien aux planteurs, promettant un débouché fiable et transparent pour vendre leur production à des prix équitables.

Selon la source, le ministre n'a toutefois eu aucun échange avec l'entreprise sur la marche à suivre depuis lors.

Le COCOBOD affirme procéder au déblocage des fonds pour les sociétés d'achat, mais la source interne soutient que la PBC n'a reçu aucun versement.

Outre les 257 millions de cedis dus aux banques, la dette de la PBC inclut plus de 24 mois d'arriérés de salaires, des dettes fournisseurs et des prélèvements obligatoires impayés.

Deux des cinq banques du consortium ayant obtenu l'ordre de saisie sont publiques et toutes sont sous la tutelle du ministère des Finances.

La SSNIT, la caisse de retraite de l'Etat et actionnaire majeur, s'est montrée réticente à injecter de nouveaux capitaux dans la PBC, n'ayant pas perçu les dividendes escomptés depuis son investissement initial.

Une intervention structurée du COCOBOD pourrait inverser la tendance, estime la source, si le régulateur orientait une partie des acheteurs internationaux vers la PBC et libérait les fonds nécessaires aux achats.

La PBC opère dans les 127 districts cacaoyers du pays, lui conférant un maillage territorial supérieur à n'importe quelle entreprise privée.