Séparée de Roche il y a vingt-six ans, le groupe qui siège à Vernier présente un portefeuille bien équilibré tant en matière d'activités - avec un chiffre d'affaires qui se découpe moitié arômes, moitié beauté - que d'empreinte géographique.
Grâce à la forme resplendissante du franc suisse, les effets de l'inflation et la hausse du coût des intrants qui pénalisent ses pairs - IFF, DSM-Firmenich, ainsi que Symrise dans une moindre mesure - épargnent pour l'instant miraculeusement Givaudan, qui défend toujours les marges et la rentabilité les plus élevées de son secteur.
Le groupe a vu son profit cash redistribuable aux actionnaires - ou cash flow libre - doubler sur la dernière décennie, de 0,6 à 1,3 milliard de francs suisses, c'est-à-dire à un rythme plus élevé que la croissance du chiffre d'affaires.
Sur les 9 milliards de francs suisses générés sur le cycle décennal complet, une moitié a été orientée vers la croissance externe, avec une création de valeur certes difficile à estimer avec précision, mais cependant positive, et sans doute sur ou proche d'un territoire à deux chiffres en termes de rendement.
En parallèle, 6 milliards de francs suisses ont été retournés aux actionnaires, très majoritairement sous forme de dividendes. La somme des deux étant sensiblement supérieure à celle des profits, on observe une augmentation de l'endettement correspondant à la différence, mais qui bien sûr n'entache en rien la capitalisation extrêmement robuste de Givaudan.
Sa valorisation évolue actuellement sur ses plus bas à dix ans, déprimée - dans des proportions helvétiques, c'est-à-dire sans amplitude dramatique - sans doute par le sujet des enquêtes antitrust. Givaudan et ses pairs constituent en effet un oligopole dans le viseur des régulateurs européens et américains, qui soupçonnent ses membres d'entente sur les prix.
Transformé par l'excellent Gilles Andrier, qui a dirigé le groupe pendant vingt ans avant de laisser sa place à Christian Stammkoetter et de prendre la présidence du conseil d'administration, Givaudan reste le premier de sa classe sur un secteur ultra-défensif.


















