General Motors a annoncé jeudi qu'elle allait enregistrer une charge de 6 milliards $ pour défaire certains investissements dans les véhicules électriques, rejoignant ainsi d'autres constructeurs automobiles qui font machine arrière sur l'électrique en réaction à la politique du président Donald Trump et à la baisse de la demande.

Cette charge s'explique par la réduction de la production prévue de véhicules électriques et ses répercussions sur la chaîne d'approvisionnement, a précisé GM dans un document réglementaire, quelques semaines après que Ford Motor, son principal concurrent, a annoncé une dépréciation similaire mais bien plus importante.

L'essentiel de la dépréciation de GM – soit une charge en numéraire de 4,2 milliards $ – concerne l'annulation de contrats et des indemnités versées à des fournisseurs qui avaient anticipé des volumes de production bien plus élevés avant le retournement du marché.

GM a indiqué que cette dépréciation n'affecterait pas sa gamme américaine d'une douzaine de modèles électriques, la plus large offre du secteur en véhicules à batteries. « Nous prévoyons de continuer à proposer ces modèles aux consommateurs », a-t-elle indiqué dans son document.

La société enregistrera cette charge comme élément exceptionnel dans son rapport financier du quatrième trimestre. Elle s'attend à subir des charges supplémentaires en 2026 en raison de négociations avec ses fournisseurs, mais elles devraient être inférieures à celles liées à l'électrique en 2025.

L'action a reculé de 2 % dans les échanges après bourse. Elle avait terminé la séance régulière de jeudi en hausse de 3,9 % à 85,13 $.

GM avait misé gros sur l'électrique

De nombreux constructeurs, dont Ford, le concurrent historique de GM, ont commencé à ralentir la production de véhicules électriques depuis l'été dernier, lorsque le vaste plan fiscal et budgétaire du président Donald Trump a assombri les perspectives du marché. Les ventes de véhicules à batteries se sont effondrées après la suppression, le 30 septembre, du crédit d'impôt fédéral de 7 500 $ pour les acheteurs de véhicules électriques.

En décembre, Ford a annoncé une dépréciation de 19,5 milliards $ étalée sur plusieurs trimestres, conséquence de l'annulation de plusieurs programmes électriques, dont la version 100 % électrique de son pick-up F-150 Lightning ainsi qu'un autre pick-up et une camionnette électriques.

GM, premier constructeur américain en volume, avait pris l'un des plus gros paris mondiaux sur l'électrique, allant jusqu'à promettre l'abandon progressif des moteurs thermiques d'ici 2035.

Si l'entreprise n'a pas publiquement renoncé à cet objectif, les analystes ont nettement révisé à la baisse leurs prévisions de ventes de véhicules électriques pour la prochaine décennie aux États-Unis, principal marché de GM. Sa PDG, Mary Barra, a affirmé que la stratégie s'adapterait à la demande.

Les ventes électriques de GM avaient commencé à progresser fin 2024, après des années de retards industriels. L'entreprise a multiplié les modèles abordables, ce qui lui a permis de se hisser à la deuxième place derrière Tesla.

GM a également annoncé jeudi une charge de 1,1 milliard $ au quatrième trimestre liée à la restructuration de sa coentreprise en Chine.

Le constructeur avait commencé à passer en charges certains investissements électriques l'an dernier, dont une dépréciation de 1,6 milliard $ au troisième trimestre. Ce mois-ci, GM a suspendu pour six mois la production de batteries électriques dans deux usines en coentreprise et réduit à une seule équipe la production dans son usine 100 % électrique de Detroit.

La société a également renoncé à un projet d'usine supplémentaire dans le Michigan, qui devait assembler des véhicules électriques, pour produire à la place le Cadillac Escalade et de grands pick-ups, a-t-elle précisé.

GM a gagné des parts de marché aux États-Unis en 2025 grâce à ses pick-ups et SUV thermiques et électriques, mais certains analystes s'interrogent sur le choix stratégique de se concentrer sur l'électrique pur plutôt que sur les hybrides.

« L'absence d'offre hybride chez GM pourrait partiellement remettre en cause les gains récents de parts de marché », a estimé jeudi Garrett Nelson, analyste actions chez CFRA, citant la forte popularité des hybrides.

Les ventes de véhicules électriques en baisse dans tout le secteur

Les ventes électriques de GM ont chuté de 43 % au quatrième trimestre après la suppression du crédit d'impôt. Elles avaient atteint des niveaux records les trois mois précédents, portées par la ruée des clients avant la fin de l'avantage fiscal.

Dans l'ensemble du secteur, les ventes de véhicules électriques n'ont progressé que de 1,2 % en 2025 par rapport à l'année précédente, selon le cabinet Omdia, un rythme bien plus lent qu'auparavant.

Le fournisseur de données Edmunds estime que les véhicules électriques représenteront environ 6 % des ventes totales de véhicules aux États-Unis en 2026, contre 7,4 % en 2025.

Le virage de Ford, qui a pratiquement abandonné toute une deuxième génération de véhicules électriques, s'est traduit par une charge bien plus lourde. Le PDG Jim Farley a reconnu qu'il s'agissait d'une décision douloureuse mais nécessaire face au ralentissement du marché.

« Quand le marché a vraiment changé au cours des derniers mois, cela a été le déclencheur pour nous », a-t-il déclaré à Reuters en décembre.

Ford mise désormais sur une toute nouvelle architecture qui permettra de produire des modèles abordables, à commencer par un pick-up électrique à 30 000 $ en 2027.