L'Australien, connu pour son flair dans les petites acquisitions d'actifs prometteurs mais qui volaient sous le radar - notamment le Tebipenem, un traitement antibiotique contre les infections urinaires, et le Momelotinib, un médicament contre la myélofibrose - n'a pas été long à imprimer sa marque : ce matin, GSK annonçait ainsi l'acquisition à 2,2 milliards de dollars de Rapt Therapeutics.

Basé aux États-Unis, Rapt développe principalement le RPT904, un anticorps potentiellement efficace contre les allergies alimentaires et l'urticaire chronique spontanée - deux marchés thérapeutiques avec des besoins importants. Cependant, la molécule n'a pas encore dépassé le stade des études cliniques. À GSK donc de marquer l'essai en l'amenant sur le marché.

Cette transaction annoncée trois semaines à peine après la prise de fonction de Miels trahit en tout cas le sens de l'urgence qui prévaut chez GSK, prié par ses actionnaires d'être davantage proactif dans sa stratégie de croissance externe et sa recherche de nouveaux débouchés.

Elle s'inscrit du reste parfaitement bien dans la tradition stratégique du Britannique, qui a toujours eu tendance à privilégier de petits rachats ciblés de biotechs à fort potentiel plutôt que des méga-fusions comme celles qu'on a pu observer dernièrement chez Pfizer, Sanofi, AstraZeneca ou Novartis.

Emma Walmsley, qui a piloté le pivot stratégique du groupe en assurant la séparation d'Haleon - la division santé de consommation courante qu’elle dirigeait autrefois, via un spin-off à l'été 2022 - ainsi que l’expansion réussie de la franchise vaccins et la liquidation progressive du passif judiciaire lié au Zantac, fait en réalité les frais d'une panne de croissance dont les actionnaires du groupe ne voyaient pas le bout.

Arrivée aux commandes de GSK en 2017, cette ancienne de L'Oréal n'a pu enrayer la stagnation du chiffre d'affaires - ou plutôt sa nette érosion après inflation - ni la baisse du profit d'exploitation ou la diminution du dividende. Après une série de faux départs et d'espoirs déçus, GSK était donc largement revenu dans son rôle de parent pauvre du secteur pharmaceutique européen.

Le groupe, à qui est notamment reproché un manque criant d'initiative en oncologie, se prépare à affronter diverses expirations des brevets dans sa franchise VIH - un cinquième du chiffre d'affaires consolidé - d'ici la fin de la décennie. Ces inquiétudes lui valent de s'échanger en bourse à des multiples de son profit d'exploitation inférieurs à leur moyenne historique.

Avec dix-neuf programmes de recherche et développement en phase 3, l'espoir reste cependant permis. Il y a quelques semaines, le groupe annonçait d'ailleurs les bons résultats initiaux des études cliniques de son traitement contre l'hépatite B - un marché de 250 millions de patients.