La guerre en Iran et l’envolée des prix de l’énergie a fait apparaître de nouveaux risques pour l’économie américaine. Et ce alors que les sujets d’inquiétude ne manquaient pas ces derniers mois : craintes de disruption par l’IA, d’accidents sur le crédit privé, de détérioration du marché du travail…

Mais malgré ce contexte, les données vont plutôt dans le sens d’une activité résiliente. Vendredi dernier, le rapport sur l’emploi a fait état de 178 000 créations d’emplois et d’un recul du taux de chômage. Les créations d’emplois semblent même rebondir cette année. En 2025, l’économie américaine a créé 15 000 emplois en moyenne chaque mois. Sur les trois premiers mois de cette année, ce chiffre est remonté à 68 000.

 

Autre donnée qui suggère que l’activité se tient plutôt bien : l’ISM services, publié en début de semaine. Si ce dernier est ressorti en dessous des attentes, il reste sur un niveau élevé, à 54. Selon ING, ce niveau est compatible avec une croissance du PIB à 2.5% en 2026.

Des bénéfices révisés en hausse

Du côté des entreprises, les fondamentaux sont toujours bons. Même pour une entreprise comme Delta Air Lines, qui subit de plein fouet la hausse du prix du kérosène. La compagnie aérienne a annoncé cette semaine un surcoût de 2 milliards de dollars pour le trimestre en cours. Mais Delta Air Lines a tout de même battu les attentes au premier trimestre et fait état d’une demande toujours forte. En mars, l’entreprise avait indiqué qu’elle avait enregistré huit des dix plus importants jours de réservation de son histoire depuis le début de la guerre en Iran.

Plus largement, les prévisions de bénéfices pour les entreprises du S&P 500 ont été revues à la hausse depuis le début du conflit en Iran. C’est surtout le résultat d’une révision à la hausse pour le secteur de l’énergie. Mais les analystes ont globalement maintenu leurs prévisions pour tous les autres secteurs. La saison des résultats commencera véritablement la semaine prochaine. Selon Factset, les analystes attendent 17% de croissance des BPA en 2026.

Une excursion ?

Donald Trump a souvent décrit le conflit en Iran comme une excursion, expliquant que les conséquences économiques seraient de courte durée. Si les prix de l’énergie resteront sans doute élevés dans les prochains mois, il se pourrait malgré tout que le scénario économique anticipé avant le conflit en Iran soit toujours valide.

En début d’année, les économistes attendaient une réaccélération de l’économie américaine. En effet, 2025 a été une année de ralentissement, avec une croissance du PIB à 2.1%, et plusieurs catalyseurs devaient permettre un rebond en 2026 : les baisses de taux de la Fed, les baisses d’impôts de Donald Trump et les investissements dans l’IA.

Des catalyseurs qui n’ont pas disparu avec le conflit en Iran. Les baisses de taux de la Fed de l’an dernier produiront leurs effets dans les mois à venir. La course à l’IA ne s’est pas non plus interrompue. En début d’année, les grands hyperscalers ont tous relevé significativement leurs prévisions de Capex pour 2026.

Les baisses d’impôts devraient quant à elles se matérialiser par des tax refunds plus élevés cette année. Autrement dit, les remboursements d’impôts de la part de l’administration fiscale américaine (IRS) seront plus importants. Selon le chef économiste d’Apollo, Torsten Slok, le taux de remboursement s’élève à ce stade à 14%, plusieurs points au-dessus de l’an dernier.

Il faut toutefois noter que la hausse des prix de l’énergie risque de réduire les effets de ce cadeau fiscal. Selon les économistes de la Fed de Saint-Louis, la hausse des prix du carburant pourrait coûter aux consommateurs l'équivalent de 10% à 50% des allégements fiscaux décidés par Donald Trump, et ce pour chaque trimestre où les prix de l'essence se maintiennent aux niveaux actuels.

In fine, l’économie américaine semble bien positionnée pour absorber le choc du conflit en Iran. C’est d’ailleurs ce que mettent en avant certains responsables de la Fed. Mercredi, la présidente de la Fed de San Francisco, Mary Daly, a estimé mercredi que l'économie américaine reposait sur des fondamentaux "solides", malgré la flambée des cours du pétrole provoquée par le conflit en Iran. "Ce que nous observons, c'est que les consommateurs continuent de dépenser et les entreprises d'investir".