Texas Instruments a vu son action reculer de 12% en début de séance européenne mercredi, dans le sillage d’une baisse enregistrée la veille à Wall Street, après avoir présenté des perspectives financières jugées décevantes par les investisseurs. En cause : une demande plus faible qu’attendu pour ses puces analogiques et un contexte commercial fragilisé par les incertitudes liées aux droits de douane.
Alors que les fabricants de semi-conducteurs comme Texas Instruments ne sont pas encore directement visés par les tarifs douaniers renforcés imposés par le président Donald Trump, le coût des équipements de fabrication a augmenté, et plusieurs clients finaux ont réduit leurs dépenses.
"Les droits de douane et les tensions géopolitiques bouleversent et redessinent les chaînes d’approvisionnement mondiales", a déclaré le PDG Haviv Ilan lors d’une conférence post-résultats. "La reprise dans le secteur automobile reste timide."
Pour le troisième trimestre, le groupe prévoit un bénéfice par action compris entre 1,36 et 1,60 dollar, avec un point médian légèrement inférieur aux attentes du marché (1,49 dollar selon LSEG). Le chiffre d’affaires attendu est compris entre 4,45 et 4,80 milliards de dollars, contre un consensus à 4,59 milliards.
Au deuxième trimestre, Texas Instruments a réalisé 4,45 milliards de dollars de chiffre d’affaires, un résultat supérieur aux estimations.
Des effets en chaîne dans l’industrie
La nervosité autour des droits de douane affecte l’ensemble du secteur. ASML, principal fournisseur mondial d’équipements de production de puces, a averti la semaine dernière qu’il pourrait ne pas enregistrer de croissance de chiffre d’affaires en 2026, du fait du report de décisions d’investissement chez ses clients américains.
TSMC, premier fondeur mondial, a lui aussi signalé une approche prudente dans ses prévisions, en raison de l’impact potentiel des perturbations commerciales liées aux tarifs.
Répondant aux questions des analystes, Ilan n’a pas exclu que les droits de douane aient pu entraîner des commandes anticipées au deuxième trimestre, dopant temporairement les revenus. "Quand on observe une telle accélération entre les deux premiers trimestres, il faut attribuer une partie de ce mouvement au contexte tarifaire", a-t-il reconnu.
Harlan Sur, référence des semi-conducteurs chez JPMorgan, note une amélioration cyclique portée par la demande industrielle et chinoise, mais pointe une prudence croissante liée aux effets de rattrapage et à la faiblesse de l’auto. “Les perspectives conservatrices reflètent les vents contraires liés à l’anticipation de la demande et à un marché automobile toujours mou”, observe-t-il. Le secteur reste porteur, mais les incertitudes tarifaires freinent la visibilité. “La dynamique constructive est là, mais l’impact des tarifs commence à peser”, conclut l’équipe de recherche
Pressions sur les marges
Texas Instruments a investi massivement pour développer sa capacité de production de plaquettes de 300 millimètres, avec un plan de plus de 60 milliards de dollars pour étendre sa présence manufacturière aux États-Unis.
Mais l’entreprise prévoit que le taux d’utilisation de ses usines restera stable au troisième trimestre, un niveau qui pourrait peser sur les marges, selon Tore Svanberg, analyste chez Stifel. Une montée en charge plus importante aurait permis de mieux répartir les coûts fixes et d’améliorer la rentabilité.
Le directeur financier Rafael Lizardi a précisé que la marge brute devrait rester stable au troisième trimestre.
Enfin, le groupe a indiqué que ses prévisions de bénéfices n’intégraient pas encore les effets de la récente réforme fiscale signée par Donald Trump. Texas Instruments s’attend à ce que le nouveau régime entraîne une hausse du taux d’imposition dès le troisième trimestre et pour l’ensemble de 2025, avant une baisse à partir de 2026.



















