Après Adobe et Wolters Kluwer, entre autres victimes tombées de leur piédestal, un énième cas parmi les grandes capitalisations serait celui d'Intuit, l'éditeur de logiciels derrière QuickBooks, TurboTax, Credit Karma, Mailchimp et Intuit Enterprise Suite.
QuickBooks et TurboTax, qui représentent à eux deux près des neuf dixièmes du chiffre d'affaires consolidé, dominent totalement leurs segments - la comptabilité des PME et les déclarations fiscales des particuliers - tandis que Credit Karma et Mailchimp évoluent eux sur des marchés beaucoup plus fragmentés.
Intuit a multiplié par quote son chiffre d'affaires, son profit et son dividende sur la dernière décennie. Certes, malgré 18 milliards de dollars dépensés en rachats d'actions, le nombre de titres en circulation a aussi augmenté de 7% sur la période, à cause surtout de stock-options qui représentent toujours plus d'un dixième du chiffre d'affaires, et suite à l'acquisition de Mailchimp payée en actions - à un moment où le titre était au sommet.
Cette inflation des rémunérations en stock-options continue sur les trois premiers trimestres de 2026, dans le sillage de résultats c’est vrai toujours très impressionnants, puisque le chiffre d'affaires d'Intuit progressait encore de 14%, et son bénéfice de 20% par rapport à l’an dernier à la même époque. L'IA, pour l'instant, ressemble donc davantage à un accélérateur qu'à un frein.
À cet égard, on peut légitimement trouver la valorisation du moment de moins de quinze fois le bénéfice attendu l'an prochain - et de moins de sept fois le profit d'exploitation avant amortissements, ou EBITDA - aussi anormale qu'attractive, a fortiori pour une entreprise sans dette nette et très rentable.
D'autant qu'Intuit conserve un avantage compétitif majeur, notamment avec QuickBooks, l'infrastructure sur laquelle repose la comptabilité de la majorité des petites et moyennes entreprises aux États-Unis. Si l'IA pourrait faire chuter les coûts de traitement, le péage demeure bel et bien intact : il n'est donc pas insensé de voir ici une opportunité plutôt qu'un risque.
Il n'en reste pas moins que le groupe basé à Mountain View est bel et bien bousculé sur ses bases : le mois dernier, dans un communiqué choquant, il annonçait ainsi licencier 17% de ses effectifs.


















