Des messages contradictoires autour du budget britannique ce mois-ci sapent la crédibilité du gouvernement, ont déclaré vendredi investisseurs, entreprises et instituts de réflexion, alors que les prix des obligations chutaient après un nouveau revirement de ton inattendu à Westminster.
Quelques jours après que la ministre des Finances, Rachel Reeves, a affirmé que la seule façon de respecter ses plans budgétaires sans augmenter les impôts des travailleurs serait de réduire les investissements, le Financial Times a révélé jeudi soir qu'elle avait abandonné un projet de hausse de l'impôt sur le revenu, une information confirmée plus tard par une source gouvernementale.
Reeves semblait pourtant préparer le terrain pour une hausse de l'impôt sur le revenu le 4 novembre -- ce qui aurait constitué une rupture des promesses électorales du Parti travailliste lors des élections de 2024 -- lorsqu'elle a prononcé un discours inhabituel avant le budget, déclarant que « chacun doit faire sa part ».
Ce dernier apparent revirement a couronné une semaine de « fiascos dans la communication gouvernementale », selon Andrew Goodwin, économiste en chef pour le Royaume-Uni au sein du cabinet de conseil Oxford Economics.
LE TRÉSOR PROMET DES « CHOIX ÉQUITABLES » DANS LE BUDGET
Le gouvernement avait abandonné en juillet des réformes sociales censées générer des économies, un mouvement qui avait déjà suscité des doutes sur sa volonté de prendre des décisions budgétaires difficiles. Le dernier retournement n'a fait qu'accentuer ces interrogations, estime Goodwin.
Des propos tenus par une source gouvernementale, selon lesquels le Royaume-Uni pourrait renoncer au projet d'augmentation de l'impôt sur le revenu grâce à des prévisions améliorées de l'organisme officiel de surveillance budgétaire, soulèvent également des questions sur la crédibilité de ces hypothèses, ajoute-t-il.
Ben Zaranko, directeur associé à l'Institute for Fiscal Studies, considère que ces allers-retours budgétaires sont la conséquence directe de la marge d'erreur extrêmement réduite que s'est laissée Reeves face à ses règles budgétaires strictes.
« Ce n'est absolument pas une manière sensée de guider la politique », estime Zaranko. « Cela conduit à des décisions précipitées et rend la politique plus volatile. »
Un porte-parole du Trésor a refusé de commenter les mesures fiscales spécifiques, mais a assuré que le budget du 26 novembre proposerait « des choix équitables pour bâtir des bases solides et assurer l'avenir du Royaume-Uni », ajoutant que Reeves s'était engagée à garantir une marge de manoeuvre suffisante pour résister aux turbulences de l'économie mondiale.
LA CBI DÉNONCE UNE INCERTITUDE QUI FREINE L'INVESTISSEMENT
Les dirigeants d'entreprise ont également exprimé leurs inquiétudes face au changement de ton du gouvernement.
La Confédération de l'Industrie Britannique (CBI) a déclaré craindre que les informations publiées vendredi n'annoncent un budget comportant de « petits ajustements » sur plusieurs impôts, ce qui jetterait l'incertitude sur les entreprises, au lieu d'une hausse importante de l'impôt sur le revenu dont les effets sur les recettes seraient plus prévisibles.
« Si vous vous mettez à la place d'un conseil d'administration devant prendre des décisions d'investissement et qu'il découvre les gros titres de ce matin -- pourquoi ne pas attendre encore avant de décider ? », interroge Mohammad Jamei, directeur de la politique économique à la CBI.
« C'est totalement déprimant », confie un cadre supérieur d'une entreprise du FTSE-250, qui a souhaité garder l'anonymat en raison de la sensibilité politique du dossier.
Le retour à une approche fragmentée des hausses d'impôts inquiéterait également les marchés financiers, selon John Stopford, responsable de la gestion de revenus chez Ninety One, qui gère environ 151 milliards de livres sterling (202,66 milliards de dollars).
« En partie parce que cela paraît moins crédible, mais aussi parce que cela suggère que la chancelière n'a pas le soutien de son parti pour prendre des décisions difficiles », analyse Stopford.
LES TAUX OBLIGATAIRES FLAMBENT
Jane Foley, responsable de la stratégie de change à la banque néerlandaise Rabobank, estime que le revirement apparent de Reeves « a sapé sa crédibilité et les actifs britanniques réagissent en conséquence ».
Vendredi, les taux des obligations d'État britanniques à long terme se sont envolés d'environ 16 points de base, leur plus forte hausse depuis le 2 juillet, date à laquelle une apparition émue de Reeves au Parlement avait déjà inquiété les investisseurs.
« On a l'impression qu'ils ont dit tout ce qu'il fallait pour faire baisser les taux des gilts, aligner les projections de l'OBR -- et soudainement, ils trouvent de la marge dans ces projections pour revenir sur les politiques annoncées », explique Simon Harvey, économiste principal chez LB Macro, un cabinet de conseil auprès de certains des plus grands fonds spéculatifs mondiaux.
L'agenda économique de 2022 de l'ancienne Première ministre conservatrice Liz Truss, qui avait provoqué un krach du marché des gilts, reste vif dans l'esprit des investisseurs. Cet épisode continue de jeter une ombre persistante sur la crédibilité des finances publiques britanniques.
Stephen Millard, directeur adjoint de l'institut de réflexion National Institute of Economic and Social Research, estime que Reeves doit se ménager une marge suffisante face à ses règles budgétaires pour restaurer la stabilité de la politique budgétaire.
« Si vous disposez d'une belle réserve, il n'y a pas de raison que de petits changements affectent votre capacité à respecter vos règles budgétaires », analyse Millard.
« Et si tel est le cas, la chancelière n'a pas besoin de s'exprimer aussi souvent, la communication devient plus facile... et on évite cette spéculation incessante observée ces douze derniers mois. »
($1 = 0,7451 livre sterling)


















