Evian-les-Bains va troquer, pendant quelques jours, son image de ville thermale contre celle d’un centre diplomatique mondial. La ville accueillera du 15 au 17 juin les dirigeants du G7. Autour de la table : les Etats-Unis, le Canada, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la France. Au-delà des sept membres du groupe, la France a aussi convié plusieurs pays partenaires, dont l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud, le Kenya, l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.
Le rendez-vous ne fixera ni taux directeur, ni budget, ni règle commerciale. Mais il intervient dans un contexte chargé : retour de Donald Trump, guerre en Ukraine, dette publique élevée, marchés obligataires nerveux et recomposition du risque énergétique après l’annonce d’un accord entre Washington et Téhéran. Les marchés seront attentifs à chaque signal.
Energie et matières premières : sécuriser les approvisionnements
Le premier test viendra de l’énergie. L’accord annoncé entre les Etats-Unis et l’Iran cette nuit éloigne le risque d’un choc pétrolier, mais il ne ferme pas le dossier énergétique. Les marchés vont désormais surveiller l’exécution : réouverture du détroit d’Ormuz, déminage, sanctions et stabilité régionale. Les dirigeants des Emirats Arabes Unis, du Qatar et de l’Egypte sont d’ailleurs attendus à Evian mardi.
Selon Bloomberg, le Royaume-Uni et la France pilotent un projet européen de déminage du détroit, qui pourrait être déployé en quelques jours. Le sujet devient donc très concret, il s'agit maintenant de sécuriser durablement la route stratégique pour les flux mondiaux d’énergie.
Si le trafic reprend rapidement, la prime de risque sur le pétrole pourrait continuer à se détendre, au bénéfice de l’aérien, du transport, de la chimie et des industriels très consommateurs d’énergie. A l'inverse, ce scénario maintiendrait la pression sur le brut et les majors comme TotalEnergies, Shell ou BP.
Les matières premières resteront aussi surveillées. Les métaux critiques, comme le lithium, le cobalt, le graphite, le nickel ou les terres rares, sont indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux réseaux électriques et à la défense. Les marchés regarderont donc si des mesures concrètes seront mises en place (stocks stratégiques, partenariats avec les pays producteurs, achats groupés ou soutien au raffinage et au recyclage).
La Chine : “dé-risking” ou bras de fer commercial ?
L’autre dossier très attendu est celui de la Chine. Face aux surcapacités industrielles du pays et aux exportations à bas prix, les investisseurs chercheront à analyser le ton du communiqué pour deviner ce qui pourrait se passer dans les prochains mois.
Si les dirigeants haussent le ton et s'alignent sur la position dure des Etats-Unis, cela pourrait inquiéter les marchés. Emmanuel Macron a d’ailleurs déjà fait planer l’hypothèse de droits de douane si Pékin ne corrige pas son déséquilibre commercial avec l’Europe. Même sans sanctions immédiates, les investisseurs redouteraient une escalade des tensions commerciales. Les groupes européens les plus exposés à la Chine, (le luxe, l’automobile, la chimie et les semi-conducteurs) seraient alors particulièrement surveillés.
Le second scénario, sans doute le plus probable, est celui d'un texte assez flou, qui appelle à la prudence. Cela ne réglerait pas le problème des surcapacités chinoises, mais réduirait le risque d’un bras de fer commercial. Pour les marchés européens, et pour le CAC 40 très exposé au luxe et aux exportateurs mondiaux, ce serait plutôt un soulagement.
Ukraine et défense : un réarmement durable ?
L’Ukraine sera l’un des autres marqueurs politiques du sommet. Volodymyr Zelensky est attendu à Evian, où une séquence dédiée au soutien à Kiev doit se tenir mardi matin. Pour les marchés, le sujet n’est pas juste le soutien diplomatique. Ce sont les budgets militaires, les sanctions contre Moscou, l’énergie et les céréales qui sont en jeu.
Les valeurs européennes du secteur ont déjà beaucoup monté ces dernières années. Rheinmetall, Leonardo, Thales, BAE Systems ou Saab intègrent déjà l’idée d’un réarmement durable de l’Europe. Mais le parcours est plus compliqué cette année. Les investisseurs ne doutent pas forcément du besoin militaire, mais ils doutent de plus en plus de la capacité des Etats à financer durablement cet effort. A ces niveaux de valorisation, le marché cherchera des éléments concrets : financements pluriannuels, reconstitution des stocks, montée en cadence industrielle, standardisation des équipements, utilisation des actifs russes gelés.
Les marchés obligataires s’invitent à la table
Autre sujet moins spectaculaire mais peut-être le plus important pour les marchés : la dette publique. Selon Bloomberg, les Etats ont déjà émis 504 milliards de dollars de dette syndiquée depuis janvier, un record à ce stade de l’année. Ce niveau est même au premier semestre 2020 malgré les dépenses liées au Covid. L’Italie mène le mouvement, avec près de 70 milliards d’euros déjà levés.
Pour les actions, le sujet compte énormément. Des taux longs élevés pèsent sur les valorisations, en particulier sur les valeurs de croissance. Ils augmentent le coût du capital, compliquent les refinancements et fragilisent les secteurs sensibles aux taux, comme l’immobilier ou les utilities.
Ce que le marché retiendra
Le sommet d’Evian ne donnera probablement pas un chiffre ni une décision historique comme une réunion de la Fed ou une publication de résultats. Mais il dira aux investisseurs si les grandes économies sont capables de s’aligner sur des risques déjà identifiés.

























