Israël et le Liban ont dépêché des émissaires civils auprès du comité militaire chargé de surveiller leur cessez-le-feu, ont annoncé mercredi de hauts responsables des deux pays. Cette initiative marque une première et vise à élargir le champ des discussions entre ces ennemis historiques.

La réunion constitue une avancée vers la demande formulée depuis plusieurs mois par les États-Unis, qui souhaitent voir les deux pays élargir leurs discussions au-delà du seul contrôle du cessez-le-feu de 2024, conformément à l'agenda du président américain Donald Trump, qui oeuvre pour des accords de paix à travers le Moyen-Orient.

Cette rencontre intervient alors que les craintes d'une reprise des hostilités entre Israël et le puissant groupe armé libanais Hezbollah restent vives.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a exprimé devant la presse l'espoir que la participation de civils aux réunions contribue à « désamorcer les tensions », soulignant que les récentes frappes israéliennes constituaient un signal clair d'escalade.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a pour sa part indiqué que l'atmosphère de la réunion avait été positive et que les parties étaient convenues de proposer des idées de coopération économique.

LE LIBAN OUVERT À LA PRÉSENCE DE TROUPES AMÉRICAINES ET FRANÇAISES

Le Liban et Israël sont officiellement en état de guerre depuis plus de 70 ans, et Beyrouth criminalise tout contact avec des ressortissants israéliens. Les rencontres entre responsables civils des deux camps sont donc extrêmement rares dans leur histoire mouvementée.

Cependant, le président libanais Joseph Aoun s'est récemment déclaré ouvert à des négociations pour renforcer la trêve. Il a ainsi envoyé l'ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, à la tête de la délégation libanaise lors de la réunion du comité de trêve.

Le bureau de Netanyahou a indiqué avoir envoyé le chef adjoint de la division de politique étrangère du Conseil national de sécurité israélien, dans le cadre du dialogue en cours entre Israël, le Liban et les États-Unis.

Le comité, présidé par les États-Unis, s'est réuni mercredi pendant environ trois heures sur la Ligne bleue, qui marque la frontière entre le Liban et Israël.

Un communiqué publié à l'issue de la session a salué l'arrivée des nouveaux émissaires civils, qualifiant cette évolution d'« étape importante » pour ancrer le comité dans un dialogue durable, tant civil que militaire.

Le texte indique également que les membres du comité se réjouissent de collaborer avec les nouveaux représentants afin de favoriser la paix le long de cette frontière historiquement instable.

Israël et le Liban ont accepté en 2024 un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, mettant fin à plus d'un an de combats entre Israël et le Hezbollah. Depuis, les deux parties s'accusent mutuellement de violations de la trêve.

Mercredi, Nawaf Salam a déclaré que le Liban était prêt à ce que le comité prenne un rôle direct de vérification, notamment pour contrôler les affirmations israéliennes selon lesquelles le Hezbollah se réarmerait, et pour attester du travail de l'armée libanaise dans le démantèlement des infrastructures du groupe armé.

Interrogé par des journalistes sur la possibilité d'accueillir des troupes françaises et américaines sur le terrain, Salam a répondu : « Bien sûr. »

ISRAËL EXIGE LE DÉSARMEMENT DU HEZBOLLAH

Le bureau de Netanyahou a réaffirmé que, quelle que soit la coopération économique envisagée, le Hezbollah devait être désarmé.

Le bureau de presse du Hezbollah n'a pas immédiatement répondu aux questions de Reuters concernant l'élargissement des discussions.

Le groupe chiite, soutenu par l'Iran, a à plusieurs reprises rejeté toute négociation avec Israël, qualifiant de « piège » toute tentative de dialogue.

Malgré le cessez-le-feu, Israël poursuit ses frappes aériennes contre ce qu'il considère comme des tentatives du Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires, en violation de la trêve. De son côté, le Liban dénonce les bombardements israéliens et l'occupation de positions stratégiques dans le sud du pays comme des violations du cessez-le-feu.

Les craintes grandissent au Liban quant à une possible reprise d'une campagne militaire israélienne d'envergure, Israël exprimant son impatience face au rythme des efforts des autorités libanaises pour saisir les armes du Hezbollah dans le pays.