Les pressions géopolitiques opèrent actuellement un tri entre les entreprises asiatiques en pleine croissance et celles qui ne semblaient résilientes que lorsque les conditions de marché étaient favorables.

La Banque asiatique de développement (BAD) prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 5,1 % pour l'Asie en développement jusqu'en 2026, l'Asie du Sud-Est se maintenant à 4,7 %. L'Indonésie et le Vietnam, avec des taux de croissance respectifs de 5,2 % et 7,2 %, devraient surpasser la moyenne régionale. Toutefois, l'inflation devrait passer de 3 % en 2025 à 3,6 % en 2026, ce qui pourrait peser sur l'activité, en particulier pour les entreprises fortement dépendantes des importations et confrontées à la hausse des coûts de l'énergie.

C'est dans ce contexte qu'évolue JMH, un conglomérat vieux de 193 ans spécialisé sur l'Asie. Ses activités couvrent l'automobile, l'équipement lourd, l'exploitation minière, la distribution, l'immobilier, l'ingénierie, les infrastructures et l'hôtellerie en Indonésie, à Hong Kong, Singapour, au Vietnam et plus largement en Asie du Sud-Est.

Son portefeuille comprend six sociétés cotées : Astra International (premier distributeur automobile et d'équipement lourd en Indonésie), Hongkong Land (immobilier de prestige à Hong Kong et en Asie du Sud-Est), DFI Retail (distribution alimentaire, santé et maison), Mandarin Oriental (hôtellerie de luxe), Jardine Cycle & Carriage (distribution automobile au Vietnam et en Asie du Sud-Est) et Jardine Pacific (ingénierie et infrastructures). Cet ensemble d'actifs touche la quasi-totalité des secteurs de la consommation et de l'industrie en Asie.

Restructuration, arbitrages et financements

JMH a enregistré un premier trimestre 2026 contrasté mais constructif. Le groupe a procédé à un recyclage de capital à hauteur de 0,8 milliard de dollars américains (USD) et a redéployé 1,2 milliard USD, cédant des actifs à faible rendement pour réinvestir dans des segments plus performants. Le bilan de la société mère conserve une position de trésorerie nette positive, tandis que les frais de siège ont diminué d'environ 15 % par rapport à 2024.

Au niveau du portefeuille, le bénéfice récurrent de Hongkong Land a progressé de 5 % sur un an. La filiale a lancé le plus important fonds immobilier privé de Singapour, avec 8,2 milliards de dollars de Singapour (SGD) d'actifs sous gestion (AUM), et a acquis une participation de 10,8 % dans Suntec REIT pour 541 millions SGD.

DFI Retail a publié une croissance de son bénéfice récurrent de 13 % sur un an, soutenue par une baisse des coûts de financement. La société a confirmé ses prévisions annuelles, tablant sur un bénéfice compris entre 270 et 300 millions USD, avec un taux de distribution de dividendes de 70 %.

Parmi les points faibles, le bénéfice net d'Astra a reculé de 8 % sur un an, sous l'effet du ralentissement du marché automobile indonésien. United Tractors (UT) a également subi l'impact exceptionnel de l'arrêt de la mine d'or de Martabe. Néanmoins, Astra et UT ont finalisé des rachats d'actions pour un montant total de 5 700 milliards de roupies indonésiennes (IDR), soit 350 millions USD, et ont annoncé une tranche supplémentaire de 2 000 milliards IDR pour le deuxième trimestre 2026.

Mandarin Oriental a fait état de résultats en retrait pour ses hôtels en propre, en partie à cause des perturbations des flux touristiques au Moyen-Orient. Ces vents contraires sont réels mais identifiés, et la discipline de capital du groupe lui permet de traverser cette période de turbulences.

Pour l'avenir, JMH a maintenu ses prévisions de bénéfices pour l'exercice 2026, en ligne avec ceux de 2025. De plus, le dividende annoncé est d'au moins 2,5 USD par action, en hausse de 4 % sur un an, ce qui témoigne d'une holding plus resserrée et confiante.

Un sentiment de marché optimiste

En apparence, JMH affiche un parcours boursier solide. Le titre a progressé de 41,4 % sur douze mois, mais ce chiffre doit être nuancé. À 63,1 USD, l'action reste nettement en dessous de son sommet sur 52 semaines (82,5 USD), signe que le rallye n'a pas été linéaire ni totalement convaincant.

C'est au niveau de la valorisation que la situation devient intéressante. À 10,9 fois les bénéfices prévisionnels pour 2026, le titre se négocie bien en deçà de sa moyenne ajustée sur trois ans (14,9x). Un tel écart signale généralement un certain scepticisme du marché quant aux perspectives de croissance.

Pourtant, le consensus des analystes est résolument haussier. Les huit analystes suivant la valeur sont à l'achat, avec un objectif de cours moyen de 90,8 USD, soit un potentiel de hausse de 46,9 %. Lorsque les attentes sont aussi unanimes, la marge d'erreur pour le titre devient toutefois plus étroite.

Des risques persistants

Les risques sont clairement identifiables. Certaines activités du portefeuille sont liées à la demande cyclique et aux flux commerciaux mondiaux, qui peuvent se retourner rapidement. Les faiblesses observées dans l'automobile, l'immobilier et le voyage ne sont pas encore des phénomènes isolés. Si l'on ajoute à cela les incertitudes réglementaires et les pressions sur les coûts, la marge de manœuvre se réduit. L'exécution stratégique est désormais primordiale, les vents porteurs faciles ayant disparu.