C’est un nouveau rebondissement dans la course à la présidence de la Fed, qui ressemble de plus en plus à un épisode de l’émission The Apprentice.

Vendredi, Donald Trump a fait savoir qu’il voulait garder Kevin Hassett, qui était jusqu’ici le favori, à son poste de directeur de National Economic Council. "En fait, je veux te garder là où tu es" a-t-il déclaré lors d’un événement consacré à la santé, organisé à la Maison Blanche. Puis se tournant vers sa cheffe de cabinet, il a ajouté : "On ne veut pas le perdre Susie (Wiles)".

Jeudi, le Wall Street Journal indiquait déjà que Donald Trump préférait garder Kevin Hassett à son poste, appréciant sa défense des politiques de l’administration lors de ses passages à la télévision.

Si la proximité avec le président semblait jusqu’ici être le principal atout de Kevin Hassett, cet élément joue désormais contre lui. Non seulement, parce que Trump ne veut pas se séparer de lui, mais aussi parce que la nomination de l’un de ses proches à la tête de la Fed ne plaît ni aux marchés, ni aux élus Républicains.

Fin novembre, au moment où Hassett a émergé comme le grand favori, le Financial Times rapportait que des investisseurs obligataires ont fait part de leurs inquiétudes au département du Trésor américain quant à sa nomination à la tête de la Réserve fédérale, craignant qu'il ne soit trop aligné sur Donald Trump.

Plus récemment, c’est la dernière offensive de l’administration Trump contre Jerome Powell qui a mis à mal cette candidature. En effet, le week-end dernier, nous apprenions que le Département de la Justice avait cité la Fed à comparaître concernant la rénovation du siège de la Fed et le témoignage de Jerome Powell au Congrès en juin dernier.

Une attaque qui a suscité de vives critiques, y compris dans le camp Républicain. Deux sénateurs ont ainsi menacé de ne pas voter la confirmation d’un candidat à la tête de la Fed, tant que l’affaire ne sera pas résolue. Si les gouverneurs de la Fed - et a fortiori le président – sont désignés par le président, cette nomination doit être approuvée par le Sénat, où les républicains ne disposent que d’une faible majorité.

Compte tenu des critiques après la menace d’inculpation de Jerome Powell, il est probable que Donald Trump soit désormais contraint de nommer un candidat qui ne paraisse pas trop lié à lui. Comme nous l’écrivions la semaine dernière, l’agressivité de Donald Trump contre la Fed finit donc par se retourner contre lui.

Warsh en favori, Rieder en outsider

Aux côtés de Kevin Hassett, trois autres candidats sont encore en lice pour la présidence de la Fed : l’ancien gouverneur de la Fed Kevin Warsh, le gouverneur Christopher Waller et Rick Rieder, directeur des investissements obligataires de Blackrock.

Ces derniers mois, la course semblait se jouer entre "les deux Kevin". Kevin Warsh est donc maintenant le grand favori. Sur Polymarket, sa côte est à 61%. Selon le Wall Street Journal, Trump aurait été impressionné par Kevin Warsh lors d’un entretien en décembre, confiant à des proches pendant les fêtes qu'il avait été frappé par son intelligence et son physique avantageux.

En 2017, Donald Trump avait déjà considéré Warsh pour le poste, mais l’avait finalement jugé "trop jeune".

Si Warsh est en pole position, l’hypothèse Rick Rieder semble toutefois s’étoffer ces derniers jours. C’est ce que rapportait Bloomberg au cours du week-end, après un entretien avec Donald Trump jeudi, qui se serait bien passé.

Vendredi, Donald Trump a indiqué que son choix était arrêté : "Dans mon esprit, c’est fait". Mais au cours des dernières semaines, il a plusieurs fois fait ce type de commentaires. "Il fait son choix, et il change d’avis aussi", avait déclaré Kevin Hassett le mois dernier, alors qu’il était le grand favori.

"Personne ne sait qui le président Trump choisira à la tête de la Réserve fédérale, à l'exception du président Trump lui-même", a ainsi résumé la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, dans un communiqué publié samedi. "Il annoncera bientôt sa décision finale".