Ancora, dont la participation est évaluée à près de 200 millions de dollars, estime que le conseil d’administration de Warner Bros n’a pas suffisamment exploré l’offre concurrente de Paramount Skydance portant sur l’ensemble du groupe, y compris ses actifs câblés comme CNN et TNT.
Le fonds, qui gère environ 11 milliards de dollars d’actifs, a indiqué qu’il voterait contre l’opération avec Netflix lors de l’assemblée générale des actionnaires prévue d’ici avril, à moins que la société ne retire sa recommandation en faveur de cette transaction.
“L’accord actuellement proposé avec Netflix demande aux actionnaires d’accepter une valeur inférieure, de parier sur une scission incertaine et d’assumer un risque réglementaire important, alors qu’une offre plus élevée et plus certaine à 30 dollars par action de Paramount est disponible”, affirme Ancora sur son site internet.
Warner Bros, Paramount et Netflix n’ont pas immédiatement répondu aux sollicitations de Reuters. Avec une capitalisation boursière d’environ 68 milliards de dollars, la participation d’Ancora représente moins de 1% du capital de Warner Bros.
Paramount comme Netflix convoitent Warner Bros pour ses studios de cinéma et de télévision, sa vaste bibliothèque de contenus et ses franchises majeures telles que "Game of Thrones", "Harry Potter" ou encore les super-héros de DC Comics comme Batman.
L’effort de Paramount pour convaincre les actionnaires de Warner Bros
Pour convaincre les actionnaires, Paramount a amélioré mardi son offre en proposant environ 650 millions de dollars supplémentaires par trimestre si la transaction ne se conclut pas après cette année, et en s’engageant à couvrir l’indemnité de rupture de 2,8 milliards de dollars que Warner Bros devrait verser à Netflix en cas d’abandon.
Paramount n’a pas relevé son offre, valorisée à 108,4 milliards de dollars dette comprise, mais a de nouveau insisté sur le fait que son projet disposerait d’un chemin plus clair vers une approbation réglementaire que l’offre de Netflix, valorisée à 27,75 dollars par action, soit 82,7 milliards de dollars dette comprise.
Warner Bros a indiqué qu’il examinerait l’offre révisée, sans modifier à ce stade sa recommandation en faveur de Netflix.
Ancora estime toutefois que l’amélioration proposée par Paramount pourrait constituer une “offre supérieure” au sens de l’accord avec Netflix, ouvrant la voie à une reprise des discussions.
Le fonds reprend également l’argument de Paramount selon lequel l’accord avec Netflix exposerait les actionnaires de Warner Bros à une incertitude importante, une partie du paiement en numéraire dépendant de la santé financière des actifs câblés appelés à être regroupés dans Discovery Global avant l’acquisition.
Paramount considère ces actifs câblés comme dénués de valeur et cite l’exemple de Versant, spin-off de Comcast propriétaire d’actifs numériques et de chaînes comme CNBC, dont le titre a chuté d’environ 35% depuis son introduction en janvier.
Obstacles Antitrust
Ancora met aussi en avant les risques antitrust liés à une fusion entre Netflix et Warner Bros, qui ferait de Netflix le plus grand service de streaming mondial avec environ un demi-milliard d’abonnés. Selon des informations de presse, le département de la Justice américain examine si le groupe a adopté des pratiques anticoncurrentielles dans le cadre de son analyse du dossier. Netflix fait valoir que YouTube, propriété de Google, capte davantage de temps de visionnage sur les téléviseurs américains que les autres services de streaming.
Le département de la Justice examine également l’offre de Paramount. Ce dernier a indiqué avoir répondu aux demandes complémentaires des autorités américaines, déclenchant un délai d’attente de dix jours, et avoir obtenu l’autorisation en matière d’investissements étrangers en Allemagne. Des discussions sont en cours avec les régulateurs de la concurrence aux États-Unis, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni.
“Les préoccupations antitrust sont plus importantes pour Netflix que pour Paramount, car l’opération réduirait probablement de manière substantielle la concurrence sur plusieurs marchés”, estime Ancora, jugeant que Netflix mise sur un scénario de dernière chance pour obtenir le feu vert des autorités.




















