Le marché de l'argent s'achemine vers une sixième année consécutive de déficit structurel, avec 762 millions d'onces troy prélevées sur les stocks depuis 2021. Cette situation accroît le risque d'une nouvelle crise de liquidité malgré des prévisions de demande plus faibles, ont déclaré mercredi le Silver Institute et le cabinet de conseil Metals Focus.

L'argent, utilisé dans la bijouterie, l'électronique, les véhicules électriques et les panneaux solaires, ainsi que pour l'investissement, affiche une baisse de 35% depuis qu'une vague d'achats frénétiques de détail - faisant suite à une envolée de 147% en 2025 - a propulsé les cours à un record historique de 121,6 dollars l'once en janvier.

Le socle de ce rallye avait été posé en 2025 par des mois d'afflux de métal vers les inventaires américains et les produits indiciels cotés (ETP) adossés à l'argent, parallèlement à un pic de la demande physique qui avait déclenché un "squeeze" de liquidité sur le marché de référence de Londres en octobre.

Depuis lors, la liquidité s'est améliorée à mesure que le métal revenait des États-Unis, que les ETP enregistraient des sorties de capitaux et que la demande indienne s'apaisait.

"Les taux de prêt (lease rates) à Londres se sont largement normalisés, mais les risques d'un nouveau squeeze de liquidité cette année subsistent", a déclaré Philip Newman, directeur général de Metals Focus, qui a rédigé l'étude pour l'association professionnelle Silver Institute.

Metals Focus estime que 28% des 884 millions d'onces d'argent détenues dans les coffres londoniens fin mars n'étaient pas liées aux ETP et étaient potentiellement disponibles pour soutenir la liquidité. Il s'agit de la part la plus élevée depuis janvier 2025, en nette progression par rapport au point bas historique de 17% atteint en septembre, qui avait contribué à précipiter le squeeze d'octobre.

Les conditions d'un resserrement du marché de l'argent se réuniront à nouveau, nécessitant de nouvelles sorties de stocks des États-Unis, si les prix deviennent plus volatils et si la demande indienne se réactive, surtout si cela se conjugue à des flux entrants vers les ETP stockant leur métal à Londres, a précisé M. Newman.

Le déficit du marché mondial de l'argent devrait se creuser pour atteindre 46,3 millions d'onces en 2026, contre 40,3 millions en 2025, alors même que la demande totale recule de 2% en raison d'une consommation industrielle et joaillière plus faible, partiellement compensée par une demande accrue de pièces et de lingots, selon l'étude.

La fabrication industrielle d'argent devrait baisser de 3% pour atteindre son plus bas niveau en quatre ans, les dommages causés par la guerre en Iran à la croissance mondiale menaçant d'accentuer cette baisse. À l'inverse, la demande de pièces et de lingots devrait bondir de 18%, soutenue par une reprise des achats aux États-Unis.

L'offre mondiale totale d'argent devrait décliner de 2%, reflétant une normalisation de la couverture des producteurs (hedging) après un bond au second semestre 2025.

Offre et demande d'argent (en millions d'onces troy)

2024 2025 2026F
OFFRE
Production minière 823,6 846,6 844,1
Recyclage 194,5 197,6 211,3
Offre nette de couverture - 44,7 10,0
Ventes nettes du secteur officiel 1,5 1,5 1,0
OFFRE TOTALE 1 019,6 1 090,4 1 066,4
DEMANDE
Total industriel 679,0 657,4 639,6
- électrique/électronique 460,9 449,5 422,9
... dont photovoltaïque 197,5 186,6 151,0
- alliages de brasage/soudures 49,7 50,5 51,0
- autre industrie 168,4 157,4 165,7
Photographie 25,5 24,2 22,5
Bijouterie 205,1 189,3 159,4
Argenterie 53,5 42,1 33,5
Pièces/demande nette de lingots 190,9 217,7 257,6
Demande nette de couverture 3,5 - -
DEMANDE TOTALE 1 157,4 1 130,6 1 112,6
Solde du marché -137,9 -40,3 -46,3
Investissement net dans les ETP 67,5 278,1 30,0
Solde du marché hors ETP -205,4 -318,4 -76,3

Source : Metals Focus pour le Silver Institute

(Reportage par Polina Devitt ; Version française par le bureau de Paris)