Paris (awp/afp) - L'euro peut renforcer son rôle international face au dollar dans les turbulences mondiales actuelles, avec d'importants bénéfices pour l'Union européenne, a estimé mardi le Conseil d'analyse économique (CAE).
Depuis son deuxième mandat, la politique du président américain Donald Trump - relèvement des droits de douane américains, guerre au Moyen-Orient - écorne la confiance envers le billet vert, après des décennies d'hégémonie.
Dans un monde davantage fragmenté, cela "ouvre une fenêtre d'opportunité" pour l'euro, également confronté à la recherche d'internationalisation du renminbi chinois, souligne le CAE, un organisme rattaché à Matignon, dans une note.
L'euro est la deuxième devise la plus utilisée au monde, loin derrière le dollar toutefois.
La monnaie unique européenne représente environ 20% des réserves de change mondiales, contre 58% pour le dollar, et seulement 18% de la facturation du commerce mondial (contre 60%), alors que l'UE pèse davantage dans le commerce mondial (16% contre 14% pour les Etats-Unis).
Le dollar est dominant dans les systèmes de paiement internationaux ou encore la facturation des matières premières, constatent les auteurs de la note, les économistes Hélène Rey et Ludovic Subran.
Or, "un renforcement de son rôle international pourrait procurer à l'Union européenne des avantages économiques et géopolitiques significatifs": coûts de financement plus faibles, influence renforcée dans l'économie mondiale, moindre exposition aux chocs extérieurs ou disponibilité accrue de fonds pour investir dans la défense, l'intelligence artificielle (IA) ou la transition énergétique.
Mais y parvenir nécessite "un programme de réforme ciblé et de forte ampleur", selon les économistes.
Ils listent des recommandations: augmenter l'émission d'actifs sûrs européens comme des obligations, développer le marché des capitaux en euros, renforcer les infrastructures financières, encourager la facturation en euros dans les accords commerciaux et développer l'euro numérique (notamment des stablecoins).
Emmanuel Macron a estimé mardi que les moyens de paiement représentaient "une part essentielle de notre souveraineté", dans le cadre du sommet de la solution française de paiement Carte Bancaire, concurrente des géants américains Visa et Mastercard.
Pour le président français, "renoncer à maîtriser les paiements, ce serait accepter que le coeur de notre transaction dépende d'acteurs qui ne sont pas forcément alignés avec nous, qui n'ont pas forcément les mêmes intérêts".
L'internationalisation d'une devise s'accompagne généralement de sa surévaluation. Mais la note estime que l'euro peut préserver sa compétitivité "si le processus est progressif".
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