Pascal Imbert, dans quelle mesure l’IA vient-elle bouleverser à court et long terme le monde du conseil ? Quel est le panorama concurrentiel pour adresser ce nouveau marché et quels sont les atouts de Wavestone ?

Les impacts de cette révolution technologique sont ambivalents. En effet, l’IA génère une forte demande de transformation dans un contexte économique et géopolitique où les budgets sont contraints. Cela se traduit par des arbitrages budgétaires, surtout au détriment de projets de développement de l’activité, de nouveaux services ou de nouvelles géographies, ou de croissance externe. En revanche, la recherche d’efficience opérationnelle et de gains de productivité est privilégiée, en particulier en opérant une transformation IA. Cette vague IA s’accompagne d’un fort besoin de conseil pour tester et faire passer à l’échelle l’adoption de l’IA dans de bonnes conditions de sécurité et de fiabilité. À tel point que les grands acteurs de l’IA déploient eux-mêmes des consultants auprès des grands comptes pour montrer tout le potentiel de leurs produits. Le recours à des cabinets externes comme Wavestone présente pour le client l’avantage de s’adresser à des équipes qui les connaissent intimement et qui sauront juger quel produit apportera vraiment de la valeur à quel endroit. En France, nous sommes en face de cabinets traditionnels comme Capgemini et d’acteurs de taille plus modeste mais plus spécialisés comme Artefact ou OnePoint. En Allemagne, il y a Adesso et des cabinets spécialisés comme b.telligent ou Alexander Thamm. Très présent en France, dans la région Allemagne-Suisse-Autriche (GSA) et dans les pays anglo-saxons, Wavestone est idéalement positionné à la convergence des technologies et de la connaissance des métiers. Je suis convaincu que notre excellente connaissance des systèmes d’information de nos clients facilitera l’intégration de l’IA à leurs données et à leurs systèmes. Par ailleurs, nous sommes très compétents en conduite du changement, c’est-à-dire la capacité à faire adopter les nouvelles technologies au sein de nos équipes. Enfin, notre réputation en matière de cybersécurité constitue un réel atout.

Répartition de l’activité 2025/2026 de Wavestone (source : Wavestone)

Vous évoquez la transformation en interne. Quelles conséquences managériales et quels changements allez-vous impulser en interne ?

Il nous a semblé important de mettre l’ensemble du cabinet en ordre de marche pour faire de cette révolution IA une opportunité. Le cabinet entend intégrer l'IA au cœur de sa proposition de valeur tout en se plaçant au centre de l'écosystème de l'IA. Ainsi, nous revisitons l’ensemble de nos offres pour ne pas manquer une occasion de faire mieux ou pour un coût inférieur grâce à l’IA. L'objectif est de pleinement capter l'opportunité IA et d'en faire le nouveau moteur de croissance du cabinet. Cela implique de déployer un programme d’amélioration des compétences de la totalité de nos collaborateurs, "AI&Me". Jusqu’à 100 M€ de dépenses opérationnelles seront consacrées à cette thématique (formation, tokens, etc.). L’enjeu sera de stabiliser notre ratio effectif/chiffre d’affaires sachant que nous réaliserons des gains de productivité en interne et que la pyramide des âges ne connaîtra pas d’évolution particulière. Les salaires n’ont pas vocation à évoluer au-delà de l’inflation, à l’exception des quelques spécialistes IA qui justifient un effort particulier.

Quelles sont les principales hypothèses qui sous-tendent votre nouveau plan, à horizon 2030 ? Comment se décomposera la croissance d’ici 2030 ? Il semble que le rythme de croissance organique annuel moyen visé soit passé de 7/8% à 5% ?  Vous évoquez une enveloppe potentielle d’acquisitions de 800M€ : pour quel CA acquis ?

En effet, nous tablons sur une croissance durablement molle en Europe et un monde fragmenté, ce qui conduit les entreprises à des décisions prudentes et à travailler avec des budgets contraints. Par ailleurs, au cours des quatre prochaines années, 15% de nos activités vont être abandonnées, que ce soit en matière de pen testing (cybersécurité) ou de migration de données sous SAP. En revanche, les projets de transformation IA devraient rapidement nous apporter 25% d’activité supplémentaire. Au global, nous visons une croissance organique annuelle d’environ 5% d’ici la fin du plan, complétée par des opérations de croissance externe, de façon à atteindre 1,4 Md€ de CA en 2030, dont 350 M€ en zone GSA et 350 M€ dans la région États-Unis/Royaume-Uni. En évoquant 800 M€ de capacité acquisitive, nous avons voulu montrer que nous étions prêts à saisir les opportunités qui se présenteraient, sachant que sur la base de multiples d’acquisition de 1,5 à 2x le CA, notamment en Amérique du Nord, nous pourrions ajouter 400 à 500 M€ de CA via la croissance externe d’ici 2030. En termes de taille d’acquisition, nous visons des opérations de quelques dizaines de millions d’euros et peut-être une plus transformante, de 100 à 200 M€ de CA. Il s’agit d’acquérir avant tout des clients stratégiques de premier plan pour gagner du temps, prioritairement aux États-Unis et dans des secteurs comme l’assurance, la banque et les sciences de la vie.

L’auteur de cet article est actionnaire de la société à titre personnel