L'Inde a rejeté l'offre de la Russie de lui vendre du gaz naturel liquéfié faisant l'objet de sanctions américaines, malgré une pénurie alimentée par les tensions au Moyen-Orient, ont déclaré deux sources ayant une connaissance directe du dossier. Cette décision laisse un méthanier en route vers l'Inde dans l'incertitude, alors que les négociations se poursuivent sur les cargaisons autorisées.

Cette position souligne l'équilibre délicat que le troisième importateur et consommateur mondial de pétrole cherche à instaurer entre la sécurisation de ses approvisionnements énergétiques et l'évitement des cargaisons de GNL sanctionnées par les États-Unis, lesquelles sont plus difficiles à dissimuler et présentent un risque de conformité accru. Elle met également en exergue les limites de la capacité de Moscou à réorienter ses exportations de GNL vers de nouveaux marchés.

Les réticences de l'Inde ont empêché le déchargement d'une cargaison de GNL provenant de l'usine russe de Portovaya, située en mer Baltique et sous sanctions américaines, bien que l'Inde ait été indiquée comme destination mi-avril, a précisé l'une des sources. Le navire a été tracé malgré une documentation suggérant que la cargaison n'était pas d'origine russe, a ajouté la source.

Reuters avait rapporté mi-avril, en citant les données maritimes de LSEG, que le méthanier Kunpeng de 138 200 mètres cubes se dirigeait vers le terminal d'importation de GNL de Dahej, dans l'ouest de l'Inde. Le navire se trouve désormais près des eaux singapouriennes sans destination affichée, selon LSEG.

L'Inde, principal acheteur de brut russe par voie maritime, a fait part de sa décision de ne pas acheter de GNL sous sanctions au vice-ministre russe de l'Énergie, Pavel Sorokin, lors de sa visite du 30 avril. Ce dernier a rencontré des responsables indiens, dont le ministre du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, a indiqué l'une des sources. Il s'agissait de leur deuxième rencontre en deux mois, et M. Sorokin pourrait revenir en juin pour de nouveaux entretiens, a précisé la source.

Le ministère indien du Pétrole et du Gaz ainsi que l'ambassade de Russie à Delhi n'ont pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires.

'LA RUSSIE SOUHAITE VENDRE, LES ENTREPRISES INDIENNES SONT PRUDENTES'

Parallèlement, les achats indiens de brut russe se sont poursuivis sans relâche, favorisés par une exemption temporaire des sanctions américaines instaurée pour aider les pays à faire face à la crise énergétique résultant de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, qui a débuté le 28 février.

Arctic LNG 2 est l'autre usine d'exportation russe soumise aux sanctions américaines. Washington a durci les sanctions contre les usines de GNL au début de l'année 2025 en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Alors que les cargaisons de pétrole brut peuvent être dissimulées par des transferts de navire à navire en mer, les expéditions de GNL sont beaucoup plus difficiles à cacher au suivi par satellite, a expliqué l'une des sources.

L'Inde est disposée à acheter du GNL russe autorisé, mais la majeure partie de ces volumes est engagée envers l'Europe, a précisé la source. Celle-ci a ajouté que la Chine demeure un acheteur majeur de GNL russe, qu'il soit sanctionné ou non.

Moscou cherche également à conclure des accords à long terme pour fournir à l'Inde du GNL et des engrais tels que la potasse, le phosphore et l'urée, a complété la source.

Avant que le conflit iranien ne perturbe le transport maritime via le détroit d'Ormuz, l'Inde couvrait la moitié de sa consommation de gaz par des importations, dont environ 60 % transitaient par cette voie d'eau. Plus de la moitié de ses approvisionnements en brut empruntaient le même itinéraire.

Le Premier ministre indien Narendra Modi a exhorté dimanche la population à économiser le carburant et les devises étrangères en privilégiant le télétravail, en limitant les voyages à l'étranger et en réduisant les importations d'or et d'huile alimentaire.