L'Inde prévoit de donner suite à sa proposition visant à imposer aux banques le reporting des transactions dérivées sur la roupie réalisées offshore, en dépit des objections des établissements de crédit, ont déclaré deux sources proches du dossier. Cette initiative vise à apporter de la transparence sur un marché qui a accentué la pression sur la devise nationale.

En février, la Reserve Bank of India (RBI) a proposé que les banques déclarent les transactions de dérivés de change sur la roupie réalisées à l'échelle mondiale par leurs parties liées, arguant que cela favoriserait une formation des prix plus efficiente.

La RBI souhaite que les prêteurs commencent à partager les données sur au moins 70% de ces transactions dérivées à partir de février 2027.

Les banques domestiques sont déjà tenues de déclarer toutes leurs transactions dérivées, y compris celles de leurs succursales à l'étranger. Actuellement, les banques étrangères ne déclarent que les dérivés négociés par leurs unités indiennes, et non ceux exécutés par leurs entités offshore.

La proposition de la RBI vise à rétablir une concurrence loyale entre les banques indiennes et étrangères, a précisé la première source au fait des réflexions de la banque centrale.

"Il n'y avait aucune clarté sur la nature de ces transactions NDF (non-deliverable forwards), ce qui compliquait la tâche de la RBI (pour gérer la roupie)", a déclaré cette personne.

Les deux sources ont requis l'anonymat, n'étant pas autorisées à s'exprimer dans les médias.

La RBI n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire par courriel.

MARCHÉ OFFSHORE

L'important marché des contrats à terme offshore exerce une influence considérable sur le taux de change de la roupie, une influence qui s'est accrue depuis que la RBI a ouvert ce marché aux banques et entreprises indiennes.

Les données de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) montrent que les transactions transfrontalières impliquant la roupie s'élevaient à environ 60 milliards de dollars, soit près des deux tiers du volume total du marché des contrats à terme fermes, en avril 2025.

La banque centrale indienne a récemment sévi contre les transactions cherchant à tirer profit de l'écart de prix entre le marché NDF et le marché local à terme. La taille de ces positions était estimée à environ 40 milliards de dollars.

Ces opérations menées par les banques accentuaient la volatilité du marché des changes, a déclaré mercredi le gouverneur de la RBI, Sanjay Malhotra. Le débouclage de ces positions a contribué à faire remonter la roupie vers 92,50 pour un dollar, après un plus bas historique proche de 95.

RÉSISTANCE DES BANQUES

Les banques étrangères se sont opposées à la proposition de la RBI, invoquant des craintes que le partage de ces données ne contrevienne aux règles des juridictions où les transactions ont lieu, selon deux hauts responsables de trésorerie directement informés de la question.

L'argument selon lequel les exigences de reporting seraient "extra-territoriales" ne tient pas, a affirmé la seconde source, ajoutant que les banques agréées pour opérer en Inde ne peuvent considérer les obligations de reporting sur les transactions en roupies comme étant hors de la juridiction de la banque centrale.

Si la RBI maintient sa proposition, sa mise en oeuvre pourrait s'avérer délicate, ont souligné les responsables de trésorerie.

Le reporting de transactions effectuées dans d'autres pays nécessiterait une coordination avec d'autres banques centrales, ce qui pourrait s'avérer difficile, a précisé l'un d'eux.

Les responsables de trésorerie ont refusé d'être identifiés, n'ayant pas l'autorisation de s'exprimer publiquement. (Reportage de Nimesh Vora et Gopika Gopakumar à Mumbai ; Version française par un traducteur financier)