La banque centrale d'Indonésie a créé la surprise mardi en relevant ses taux d'intérêt de 25 points de base, une décision rare prise en dehors du calendrier habituel pour tenter de stabiliser la roupie après une série de points bas historiques.

Bank Indonesia (BI) a déclaré que ce relèvement du taux directeur à 5,50% - le premier hors cycle en huit ans - était devenu nécessaire car la dépréciation de la monnaie nationale s'est avérée plus marquée qu'anticipé depuis la réunion de mai, au cours de laquelle les taux avaient déjà été relevés de 50 points de base, un chiffre supérieur aux attentes.

Le comité de politique monétaire doit se réunir la semaine prochaine alors que la roupie subit une pression croissante, affichant un repli de 8% cette année et de 7% depuis le début du conflit avec l'Iran, ce qui en fait l'une des devises les moins performantes au monde.

Au cours des trois dernières semaines, elle a connu sa chute la plus brutale depuis 2020.

'Ce relèvement des taux constitue une étape supplémentaire pour renforcer la stabilisation du change face à l'impact de la forte volatilité mondiale causée par la guerre au Moyen-Orient, ainsi qu'une mesure préventive pour maintenir l'inflation dans la fourchette cible en 2026 et 2027', a précisé la BI dans un communiqué.

La roupie s'est redressée pour clôturer à 18 050 après la décision de mardi, au lendemain d'un nouveau plancher historique à 18 190 pour un dollar américain. La bourse de Jakarta, qui a perdu plus d'un tiers de sa valeur en 2026, a également rebondi pour finir en hausse de 7,6%.

BATAILLE POUR LA STABILISATION DE LA DEVISE

Les efforts pour soutenir la monnaie sont restés vains, malgré le relèvement de 50 points de base le mois dernier et une fonte de 12 milliards de dollars des réserves de change indonésiennes cette année, utilisées par la banque centrale pour défendre la roupie.

La devise est sous pression en raison d'une multitude de facteurs qui inquiètent les investisseurs, allant des vastes plans de dépenses du président Prabowo Subianto et d'un budget de subventions aux carburants en pleine explosion, aux nouvelles politiques controversées d'exportation de matières premières et aux doutes sur l'autonomie de la banque centrale.

Les interventions sur les marchés des changes ont ramené les réserves de change à leur plus bas niveau depuis près de deux ans. Celles-ci ont diminué de 1,3 milliard de dollars en mai pour s'établir à 144,9 milliards de dollars, malgré une émission obligataire souveraine de 3,5 milliards de dollars libellée en dollars et en euros.

Dans une note d'analyse, Barclays a indiqué s'attendre à un nouveau relèvement de 25 points de base la semaine prochaine, une hausse de 50 points n'est pas exclue.

De tels mouvements consécutifs ont un précédent : en 2013, la banque centrale avait relevé son taux directeur de 50 points de base lors d'une réunion hors cycle avant de le réduire de 25 points quelques jours plus tard lors d'une réunion programmée. Elle pourrait commencer à abaisser les taux si la roupie se stabilise, a ajouté Barclays.

LES RÉSERVES DE CHANGE SONT 'LARGEMENT SUFFISANTES', SELON LE GOUVERNEUR

Interrogé par des journalistes mardi sur l'imminence d'un nouveau relèvement, le gouverneur de la BI, Perry Warjiyo, a déclaré : 'veuillez patienter jusqu'à la semaine prochaine'.

Les réserves de change de l'Indonésie sont 'largement suffisantes' pour continuer à stabiliser la roupie, a-t-il ajouté.

M. Warjiyo s'est exprimé plus tôt devant le Parlement sur les projections économiques pour 2027, affirmant que la banque ne souhaitait pas augmenter les taux, mais qu'elle l'avait fait pour accroître l'attractivité des actifs, stabiliser la roupie et maintenir l'inflation dans la cible.

Il table sur une roupie entre 16 800 et 17 500 pour un dollar en 2027, sa stabilité devant être assurée par des interventions de change sur les marchés offshore et onshore.

La BI a également précisé que sa politique visait à accroître les rendements en attirant les flux d'investissements de portefeuille étrangers.

Les rendements obligataires dans les économies comparables comme le Mexique, l'Inde et les Philippines sont déjà élevés, a souligné David Sumual, économiste en chef de la Bank Central Asia.

Selon Barclays, la BI utilise également d'autres leviers pour attirer les capitaux, notamment une réduction de 10% du taux de swap de couverture pour les investisseurs étrangers ainsi que des rendements plus élevés sur les titres SRBI à 6, 9 et 12 mois.