Le superviseur financier de l'Union européenne devrait coordonner la surveillance des plus grands gérants d'actifs du bloc, tels que BlackRock et Amundi, afin d'éliminer les « angles morts » potentiels dans la supervision nationale, ont déclaré vendredi des économistes de la Banque centrale européenne (BCE).
Cette recommandation, formulée dans un billet de blog, s'inscrit dans une initiative plus large de la BCE visant à favoriser une intégration accrue des marchés de capitaux européens, afin de financer la croissance économique de l'UE et de renforcer sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine.
Selon la proposition, l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF ou ESMA) serait chargée de coordonner des collèges de superviseurs nationaux pour surveiller les 10 à 15 plus grands gérants d'actifs, qui gèrent 6,3 billions d'euros (7,48 billions de dollars).
« Un cadre de supervision plus européen renforcerait en fin de compte la résilience du secteur, contribuant à préserver les flux de crédit et de liquidité vers l'économie lors de périodes de tension financière », indique le blog, qui, selon la BCE, ne reflète pas nécessairement sa position officielle.
De tels collèges de supervision existent déjà pour certains gérants d'actifs, permettant l'échange d'informations et de bonnes pratiques sur une base volontaire. Créée après la crise financière mondiale, l'ESMA a jusqu'ici principalement supervisé les chambres de compensation et les agences de notation, et joué un rôle de normalisateur.
Si la BCE plaide de longue date pour une supervision européenne des fonds, elle se heurte régulièrement à la résistance des autorités nationales, réticentes à céder le contrôle de marchés sensibles tels que les obligations d'État ou les actions d'entreprises considérées comme des champions nationaux.
ANGLES MORTS
Le blog de la BCE souligne que la taille de ce secteur, ses liens avec le secteur bancaire et sa concentration dans seulement deux juridictions — le Luxembourg et l'Irlande, très favorables à la finance — exposent les superviseurs nationaux au risque de passer à côté de risques majeurs ou d'effets de contagion.
« Une supervision fragmentée au niveau national laisse place à des angles morts qui pourraient être corrigés par une supervision intégrée », expliquent les auteurs du blog, parmi lesquels les experts de la BCE Ana Maria Ceh et Pierce Daly.
Les actifs des fonds européens ont presque doublé au cours de la dernière décennie pour dépasser 20 billions d'euros (23,76 billions de dollars), alors qu'ils se sont tournés vers des activités délaissées par les banques, soumises à une réglementation plus stricte depuis la crise financière mondiale.
Les principaux gérants d'actifs européens opèrent largement au-delà des frontières, ce qui rend leur exposition plus difficile à suivre pour les superviseurs nationaux, souligne la BCE dans son blog.
Ils entretiennent également des liens étroits avec le secteur bancaire, que ce soit par le biais de prêts ou parce qu'ils appartiennent à une banque, comme Amundi (Crédit Agricole), DWS (Deutsche Bank) ou BNP Paribas Asset Management.
Une étude distincte de la BCE, publiée cette semaine, a révélé que les gérants d'actifs financent environ 15 % du bilan des prêteurs traditionnels de la zone euro et représentent environ 10 % de l'ensemble des actifs bancaires.
(1 dollar = 0,8418 euro)



















