L’histoire de Neil Armstrong et du 21 juillet 1969 est bien connue : ce fut un petit pas pour l’homme, et… le soft power américain fit le reste : Apollo 13, Stargate, Star Wars, Gravity, Interstellar… On ne compte plus les blockbusters vantant la puissance et le courage des hommes du Nouveau Monde en quête de mondes nouveaux. 

Bien sûr, le narratif a connu quelques ratés, comme ce 28 janvier 1986 qui fit redescendre la NASA sur Terre, en même temps que les fragments de la navette Challenger qui avait décollé 73 secondes plus tôt. Filmé en mondovision, ce drame coûta la vie à sept astronautes et porta un sérieux coup de frein à la conquête spatiale habitée. 

Pour desserrer ce frein à main, qui de mieux qu’un spécialiste de l’automobile, aussi fantasque que riche ? Elon Musk a d’ailleurs toujours rêvé de s’arracher du sol : déjà amateur de marijuana et de kétamine, "The sky is the limit", a-t-il coutume de répéter. Et en la matière, son objectif est clair : établir une colonie sur Mars. 

En parvenant à récupérer de manière spectaculaire ses lanceurs pour les réutiliser, sa société SpaceX a bouleversé les usages et s’est rapidement fait un nom. Au point de supplanter Boeing, partenaire historique de l'agence spatiale américaine, lorsqu’il s’est agi d’aller récupérer deux astronautes contraints de prolonger leur séjour dans l'ISS en raison de difficultés techniques. 

SpaceX, objectif Bourse… puis Mars 

Le succès de SpaceX est tel que le milliardaire prépare l’introduction en bourse de la société, probablement d’ici la fin de l’année. 

L'opération pourrait passer par une levée de fonds de 75 milliards de dollars, qui constituerait un record pour le marché américain. La part réservée aux investisseurs particuliers pourrait dépasser 20%, selon The Information. Dernièrement, des montants de valorisation de 1 250 milliards de dollars ont circulé pour SpaceX, en intégrant xAI et X. Une telle capitalisation placerait la société dans le top 10 des plus grandes entreprises mondiales, entre Tesla et Berkshire Hathaway. 

La NASA vise d’abord la Lune 

De son côté, la NASA ambitionne aussi de se lancer dans l’exploration martienne, mais adopte une approche plus progressive, scientifique, avec des missions robotisées (rovers et orbiteurs) dans un premier temps, puis potentiellement des missions humaines beaucoup plus tard. 

L'agence travaille avec SpaceX, mais la relation est surtout commerciale : si la NASA peut bénéficier des technologies de la firme d'Elon Musk, cette relation est contractuelle, et il n’existe pas de programme commun unique pour aller sur Mars ensemble. 

En attendant, le succès de la mission lunaire a déjà permis de tester des systèmes essentiels pour les futures expéditions. Et derrière ce grand projet spatial se cache l'implication de plusieurs géants de l’aérospatiale et de la défense qui fournissent des technologies et des composants essentiels. A terme, l’idée serait d’installer une base permanente sur la Lune qui servirait d’entraînement pour des missions martiennes d’ici 2040. 

Des acteurs très impliqués sur le projet Artemis 

Géant du secteur, Lockheed Martin a joué un rôle central dans ce programme grâce à sa capsule Orion, qui sert de quartier général aux astronautes. En 2019, la Nasa a attribué à l'entreprise un contrat de 2,7 milliards de dollars pour la fabrication de trois capsules Orion destinées aux missions Artemis III, IV et V. Le chiffre d’affaires de la société (75 MdsUSD en 2025) a augmenté de 5% par an au cours des deux derniers exercices, et la dynamique devrait se poursuivre, à en croire les brokers. Les 22 analystes qui suivent la valeur sont à "accumuler" sur le titre, avec une cible moyenne de 665 USD. 

Boeing est responsable de la conception et de la fabrication de la première étape du Space Launch System (SLS), un système de lancement lourd permettant de transporter des astronautes et des charges utiles. En 2022, le groupe a signé un contrat de 3,2 milliards de dollars pour la production de composants essentiels du SLS. L’activité défense, spatial et sécurité représente un peu moins d’un tiers des revenus du groupe. Les 27 analystes qui suivent le titre se positionnent globalement à l’achat, avec une cible moyenne de 269 USD. 

Autre grand nom de l’espace, Northrop Grumman est chargé de la fabrication des propulseurs à propergol solide du SLS. Le spatial pèse près d’un quart de l’activité du groupe, dont le chiffre d’affaires en 2025 se chiffre à près de 42 MdUSD. Les 24 analystes qui suivent le titre sont positionnés à "accumuler", avec une cible moyenne de 733 USD. 

L3Harris Technologies (via Aerojet Rocketdyne) a aussi contribué au lancement d'Artemis II, en fournissant la propulsion et l’avionique. Avec près de 22 MdsUSD de chiffre d'affaires en 2025 et un titre en hausse de 77% sur un an, les 21 spécialistes qui suivent la valeur émettent un conseil d’achat avec une cible de 389 USD en moyenne. 

Concrètement, la NASA a alloué un budget de 7,8 MdsUSD pour l'initiative Artemis en 2026. Et les contrats de se limitent pas à une seule mission. "Ils  s'étendent sur plusieurs années, renforçant ainsi la position de ces entreprises sur le marché de l’aérospatial et de la défense", souligne Sheila Kahyaoglu, analyste chez Jefferies. 

Par ailleurs, rappelons que fin 2025, la Space Development Agency (SDA) a attribué à Lockheed Martin, L3Harris, Rocket Lab et Northrop Grumman un important contrat pour livrer 18 satellites chacun. L’objectif est de bâtir une constellation de 72 satellites en orbite basse (7 200 km environ, bien que l'altitude LEO varie), afin de renforcer la défense contre les missiles hypersoniques. 

De nouveaux entrants en embuscade 

Créée en 2006, Rocket Lab (600 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2025), est une entreprise “de bout en bout” qui conçoit des fusées de petite et moyenne taille. La société fournit des services de lancement, des services de conception d'engins spatiaux, des composants, des services de fabrication et d'autres solutions de gestion qui facilitent l'accès à l'espace. Le titre a progressé de plus de 300% en un an, et les 16 analystes qui suivent la valeur sont à l’achat avec une cible de 87,4 USD. 

De taille encore modeste, Firefly Aerospace a vu le jour en 2027. Si la société a enregistré un CA de 160 MUSD en 2025, les analystes estiment que l’activité devrait grimper à 434 MUSD cette année et franchir le milliard de dollars à l’horizon 2028. La société se targue d’avoir réalisé un premier alunissage commercial réussi, le 2 mars, via la mission "Blue Ghost" qui a permis de conduire plus de 14 jours d'opérations à la surface de l’astre. Les 8 analystes qui suivent le titre sont à "accumuler" avec une cible moyenne de 37 USD. 

Ce dossier est la suite d'un premier papier se focalisant sur les acteurs spatiaux présents sur le Vieux continent.